Festival de Cannes 2012

Hors compétition, Roman Polanski se souvient

A Cannes, hors compétition, les émouvantes confessions du reclus de Gstaad

(Cannes) Le 27 septembre 2009, Roman Polanski est rattrapé par son passé , Invité par le Festival de Zurich, le cinéaste est arrêté à l’aéroport pour le viol de mineure commis en 1977. Il est détenu pendant dix mois, d’abord en prison, puis assigné à résidence dans son chalet de Gstaad. C’est là que son vieil ami Andrew Braunsberg vient le voir. Laurent Bouzereau, un Américain de France spécialisé dans les making of, filme la rencontre.

D’un point de vue cinématographique, «Roman Polanski: a film memoir», n’est pas génial. C’est un Plan fixe amélioré (quelques contrechamps et changements d’angle), enrichi d’images d’archives et agrémenté d’un peu de musique inutile (l’incontournable Alexandre Desplat). Mais la vie de Polanski est fascinante. Entre désastres et triomphes, elle épouse les convulsions du XXe siècle, des horreurs du nazisme à la folie des années hippie. Et le cinéaste s’avère un conteur remarquable.

Lorsque les policiers zurichois l’ont intercepté, il s’étonne d’être resté «cool, zen». Il compare cet état à celui de la personne apprenant qu’elle est atteinte d’une grave maladie et ne découvrant la douleur qu’après. Prenant sa réclusion gstaadienne comme une sorte de «retraite monastique», il pense beaucoup à son enfance dans le ghetto de Cracovie, puis réfugié à la campagne. Il raconte son amour du scoutisme, ses premiers succès autour du feu de camp, puis à la radio, et la tragédie de Los Angeles, lorsque sa femme, Sharon Tate, enceinte, a été assassinée par la «famille» de Charles Manson, en 1969. Ce massacre a marqué la fin de l’innocence hippie et le début de longues années de noirceur pour Polanski.

Recherché d’un côté (les autorités américaines), désiré de l’autre (les directeurs de festival), Polanski se dit aujourd’hui heureux. Ce libre-penseur matérialiste en vient à se demander sur le libre arbitre existe ou si «tout est écrit, comme ils disent». Le film ne donne à entendre aucune autre voix que celle du cinéaste, excellent comédien au demeurant. Mais les larmes qui lui montent aux yeux lorsqu’il évoque sa mère disparue à Ausschwitz sont vraies. Si l’on dépose des bobines de film sur sa tombe, il aimerait d’ailleurs que ce soit celles du «Pianiste», le film où il évoque la Pologne pendant la guerre.

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