Troquer son sac à main contre une botte de foin. Quitter le béton et les pavés pour de la paille et des champs de blé. Délaisser son ordinateur pour un tracteur. Devenir un wwoofer.

Wwoof. Oouuff, comme un soupir de soulagement à l’abandon d’un rythme métro boulot dodo. Wouf comme l’aboiement du chien de l’agriculteur prêt à accueillir le voyageur. Ou encore ouf comme une aventure un peu folle.

En fait, WWOOF est l’acronyme de World Wide Opportunities on Organic Farms. Une association qui offre la possibilité d’être gratuitement nourri et logé dans des exploitations ou des propriétés biologiques, en échange d’un coup de main. «En Australie, j’ai séjourné chez une personne qui avait construit une maison en plein milieu d’une forêt subtropicale. Il avait acheté plusieurs hectares de terrain et il avait besoin d’aide pour l’entretien et la conservation de cette végétation luxuriante» remarque Vincent Crausaz, un wwoofer de Lausanne.

Dépaysement, gratuité et facilité d’accès, à condition d’être motivé, devenir un wwoofer est aisé. Généralement, l’inscription se fait via le site internet Wwoof du pays que l’on souhaite visiter ou, comme en Suisse, par courrier. En échange d’une vingtaine de francs qui permettent de se constituer membre pour une année, on obtient la liste des hôtes de l’endroit choisi. La durée du séjour, l’aménagement des horaires et la nature de l’activité se discutent ensui­te directement entre le volontaire et la personne qui l’accueille. «Il faut être prudent, le wwoofing doit rester un plaisir, une activité touristique. Normalement, la personne ne doit pas aider plus de 6 heures par jour. D’ailleurs, cette aide ne doit pas être comprise comme du travail au sens strict mais comme un échange de services. Pour cette raison, la plupart des associations Wwoof ne garantissent aux volontaires aucune assurance, notamment contre les accidents», note Reinhard Lüder, responsable de Wwoof Suisse. Car, légalement, les volontaires ne doivent pas être considérés comme des travailleurs. C’est pourquoi, en 2000, pour éviter toute confusion avec un organisme favorisant le travail au noir, l’association, nommée à ses débuts Willing Workers on Organic Farms s’est rebaptisée. L’absence de rémunération, l’obligation d’attester l’adhésion à l’association auprès de l’hôte, la limitation du séjour à quelques mois ou, parfois, l’exigence d’une lettre de motivation, sont autant de mesures prises pour éviter les dérives.

Loin d’une séance de contemplation oisive, cette pause nature, qui permet d’apporter sa contribution au mouvement biologique, exige tout de même une forte implication personnelle. «Quand elle vient chez nous, la personne alterne une journée de travail et une de congé. Le matin, on déjeune ensemble, puis le volontaire m’aide dans mes activités selon ses points d’intérêt. J’ai par exemple accueilli un Américain de 18 ans, passionné par la cuisine. Il s’est donc concentré sur l’utilisation des herbes aromatiques», souligne Erwin Grünenfelder, cultivateur de plantes et d’herbes médicinales à Vaulion. Inscrit dans le réseau Wwoof Suisse depuis douze ans, cet agriculteur a vu défiler dans sa ferme des personnes de tous les continents. Normal, car l’association internationale Wwoof, qui est née en 1971 en Angleterre, compte aujourd’hui des antennes dans une cinquantaine de pays. Et ce moyen de voyager, économique et enrichissant, connaît une popularité croissante. «Durant la période estivale, nous affichons très rapidement complet. De plus, avant, nous accueillions surtout des gens l’été, désormais nous recevons des volontaires presque toute l’année», remarque Erwin.

Au fait, qui wwoofe? Baroudeur sensible au mouvement biologique, le wwoofer habite souvent des contrées aux étendues goudronnées et vit dans une atmosphère où le dioxyde de carbone prolifère. «La hausse du tourisme dit écologique a encouragé la progression du tourisme à la ferme. Un nombre croissant de personnes désirent se rapprocher de la nature et les familles citadines veulent offrir à leurs enfants un contact avec le monde agricole ainsi que des connaissances sur l’environnement», souligne Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme. L’augmentation de ces citoyens en manque de verdure, qui viennent s’injecter une dose d’air pur dans le monde rural, peut être rapprochée de l’intérêt croissant pour l’agritourisme. Car, avec le partage des cultures, le wwoofing offre aussi une opportunité d’échange entre différents modes de vie. «J’ai fait connaissance avec un milieu et des gens merveilleux, proches de la terre, conscients que leur action au niveau local a un impact global. Des personnes plus intelligentes, spirituellement et émotionnellement qu’un grand nombre de celles que je côtoie dans ma «vraie vie», constate Amanda Gutierrez, spécialiste en sciences politiques, qui a pratiqué le wwoofing aux Etats-Unis et en Suisse.

Si en Suisse cette démarche reste encore marginale, en Australie ou en Nouvelle-Zélande, le Wwoof s’est imposé en réel mouvement. «La section australienne compte environ 10 000 membres, alors que dans notre pays on reçoit en moyenne deux cents inscriptions par année», constate Reinhard Lüder. En dignes héritiers de communautés hippies, certains membres sont d’ailleurs devenus des wwoofers à plein-temps. «Dans la dernière ferme biologique où je me suis rendu, j’ai rencontré un Australien qui avait choisi de vivre comme ça. Et, dans ce pays, il y a plusieurs personnes qui adoptent ce mode de vie», note Vincent.

Moins baba mais plus bobo, la Suisse, quant à elle, compte surtout des wwoofers à temps partiel. Des arpenteurs de tout âge, qui choisissent de mieux découvrir leurs terres ou d’explorer des plaines lointaines. Avec l’envie d’apprendre, d’intégrer d’autres cultures, un petit goût pour l’imprévu et l’aventure. «J’ai passé ma première nuit de wwoofer à dormir sur la mezzanine du garage d’une maison érigée sur une dune. J’avais, depuis ma couchette, une vue magique sur l’océan. Mais, à la lueur de ma bougie, j’avais aussi la vue sur plusieurs peaux de serpents. J’ai su, après, que j’avais dormi dans un lieu où les pythons viennent régulièrement s’accoupler et y muer», raconte Vincent.

Wwoof?

Pour World Wide Opportunities on Organic Farms