Cinéma

«Cómprame un revólver»: Huck au pays des narcos

Julio Hernandez Cordon raconte l’histoire, dans un Mexique dirigé par les cartels de la drogue, d’une fillette obligée de se faire passer pour un garçon afin de rester auprès de son père

Il y a dans Cómprame un revólver, septième long-métrage de Julio Hernandez Cordon, de nombreuses références et clins d’œil. Le cinéaste mexicain les assume, expliquant avoir voulu rendre hommage aussi bien aux Aventures de Huckleberry Finn qu’à Mad Max, à Sa Majesté des mouches qu’aux enfants perdus, fidèles compagnons de Peter Pan. On pourrait encore ajouter à ce catalogue une évidente influence du western. Si sa note d’intention laissait craindre un film fourre-tout, le résultat est un thriller postapocalyptique tendu, réalisé avec un minimum de moyens pour un résultat d’une grande efficacité.

L’histoire est celle de Huck, une fillette vivant dans une caravane avec son père, un junkie qui, malgré son addiction, est prêt à tout pour la protéger. Elle se déroule dans un futur proche, dans un Mexique sans gouvernement, un pays désolé tombé aux mains des narcotrafiquants. Un pays qui, par manque de femmes, est menacé par une population en déclin. Seule solution pour Huck sous peine d’être kidnappée et de grandir en captivité: se faire passer pour un garçon, quitte à porter un masque.

Dimension féministe

Au patchwork d’influences s’ajoute une multitude de thématiques: l’impuissance de l’Etat et des forces de l’ordre gangrenées par la corruption face à la toute-puissance des cartels de la drogue, l’amour filial, l’espoir qu’une nouvelle génération prenne conscience qu’elle peut changer le monde.

A travers le personnage de Huck, qui au fil du récit va passer du statut de victime à celui d’héroïne prenant en main son destin, Julio Hernandez Cordon donne en outre à son film une dimension féministe forcément dans l’air du temps. Mais qui, loin d’être gratuite, stigmatise parfaitement une société mexicaine encore largement patriarcale, et où les enlèvements sont légion.

Tourné avec une majorité d’acteurs non professionnels et construit à partir d’improvisations, Cómprame un revólver fait partie de ces films de genre qui, à cause de leur budget limité, doivent trouver des astuces, suggérer plutôt que montrer. A une approche esthétique très rigoureuse et jouant parfaitement avec les silences et des paysages désertiques pour suggérer la menace constante s’ajoutent alors de belles idées de mise en scène, comme lorsque Huck chemine au milieu de cadavres qui ne sont que des silhouettes dessinées. Dévoilé en mai dernier à Cannes, dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, ce long-métrage souligne la belle diversité du cinéma mexicain, qui, en marge de ses grands noms, possède une vraie scène indépendante.


«Cómprame un revólver», de Julio Hernandez Cordon (Mexique, Colombie, 2018), avec Matilde Hernandez Guinea, Rogelio Sosa, Sostenes Rojas, 1h34.

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