Il ne se nomme pas Les Créatives pour rien. Rendez-vous féministe et pluridisciplinaire de l’automne, le festival genevois a beau avoir été frappé comme tant d’autres par le retour des mesures sanitaires, pas question d’annuler pour autant: l’équipe a redoublé d’efforts et d’imagination ces dernières semaines, bien décidée à faire exister, sous une forme ou une autre, sa 16e édition.

«Notre programme parle de la situation actuelle en 2020, de ces thématiques qu’a révélées la pandémie: violences domestiques, précarité, division genrée des métiers… On ne se voyait pas ne pas en parler alors qu’on se retrouve justement en semi-confinement», détaille Dominique Rovini, directrice du festival.

Fatigue de combattantes

Privée de ses concerts, cette édition «semi-maintenue» proposera tout de même, du 14 au 29 novembre, un florilège de rendez-vous en ligne. A commencer par les tables rondes, sur la crise du travail du sexe en temps de pandémie notamment, retransmises en direct sur le site du festival – loin du format Zoom toutefois: «On a créé une sorte de plateau TV au sein du Théâtre Saint-Gervais, décoré par des artistes, précise Dominique Rovini. Nous avions envie de soigner la forme, car elle est au service du fond.»

Pour pallier le manque de musique live, Les Créatives investiront quatre jours durant le Chat Noir. Transformé en studio d’enregistrement, il accueillera une quinzaine d’artistes de toute la Suisse qui viendront y enregistrer un de leurs titres. «On ne renonce pas à notre rôle, qui est aussi de valoriser des artistes femmes et de minorités de genre», rappelle Dominique Rovini. Ces clips colorés seront dévoilés à la fin du mois.

Miser sur la vidéo, l’audio aussi. Un podcast, BurnOut the System, verra le jour pour faire voyager les paroles des invitées du festival. On entendra par exemple les Françaises Alice Coffin et Rokhaya Diallo raconter la fatigue militante, cette lassitude qui touche celles et ceux qui se battent contre le système et qu’on attaque pour leur action. «C’est un thème qui inquiète beaucoup dans les milieux militants, souligne Dominique Rovini. Rokhaya Diallo, par exemple, subit des insultes sans fin sur les réseaux. Nous voulions qu’elle raconte les difficultés qu’elle rencontre, et aussi qu’elle puisse donner ses pistes et ses outils pour y résister.»

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Lèche-vitrine

Tout ne sera pas que digital. Si l’exposition photographique Recadrage attendra la réouverture de la Maison Tavel, Heavy Satin II, exploration humoristique et plastique des contraires, prend déjà ses aises dans les vitrines de l’espace Picto, à la Servette.

Films, émissions de radio, livestreams: Les Créatives ont entamé leur mue 2.0 pour résister à la pandémie. Même si, entièrement gratuite, cette édition spéciale covid risque de mettre à mal les comptes du festival, note Dominique Rovini. «Les dépenses n’étant pas compensées par la billetterie cette année, nous espérons obtenir les soutiens nécessaires. D’autant plus que nous avons à cœur de rémunérer nos artistes.»


Festival Les Créatives, du 14 au 29 novembre. www.lescreatives.ch