Lyrique

"Le Comte Ory", libertin impénitent

L’Opéra de Bienne présente une nouvelle production de l’opéra de Rossini. Pierre-Emmanuel Rousseau signe une mise en scène inventive dominée par deux rôles féminins rayonnants. Ce spectacle est donné prochainement au Théâtre de Soleure

Le Comte Ory n’a qu’une idée en tête: séduire la comtesse Adèle et coucher avec elle. Son stratagème? Se travestir en «bon ermite», puis en nonne, afin de pénétrer l’enceinte de la dame pendant que tous les chevaliers ont été dépêchés en croisade. Dans cet opéra-comique, Rossini regorge d’invention musicale afin de suggérer les assauts du noble dévoyé. L’histoire se passe en 1200 au château de Formoutiers, ce qui n’empêche pas le jeune metteur en scène Pierre-Emmanuel Rousseau de transposer l’action au début des années 60.

Au Théâtre de Bienne, tout est à hauteur d’homme. Loin d’être gêné par le plateau plutôt étroit (la salle et la fosse étant elle-même petites), Pierre-Emmanuel Rousseau fait en sorte que les solistes et choristes soient en interaction permanente. Le décor présente un hall d’hôtel au style néogothique. On y voit le concierge, à la réception, distribuant les clefs à la clientèle habillée de manière très «fashion» (très beaux costumes colorés). Raimbaud, complice du comte Ory, annonce l’arrivée de l’ermite. Il ameute la clientèle et enjoint le personnel à se montrer sous son meilleur jour. Or, ce «bon ermite» a des pouvoirs magiques d’hypnotiseur et de guérisseur. Du reste une femme s’effondre à terre tellement elle est impressionnée par le saint homme!

Démasqué par le Gouverneur, le comte échoue. Mais il ne se dégonfle pas. Il utilise un stratagème ourdi par son page – épris lui aussi de la comtesse – afin de tenter à nouveau sa chance. Loin d’être dupe, Adèle (ici une ravissante célébrité qui fait la couverture de «Paris Match») se prend au jeu. Pour finir, la châtelaine se trouvera dans un lit pour un ménage à trois lascif avec le comte et le page, Ory caressant Isolier qu’il confond avec Adèle!

Voix longue, beau timbre pulpeux, agilité des vocalises: Perrine Madoeuf se montre très à l’aise en comtesse Adèle. Marion Grange campe un Isolier à la voix souple et lumineuse. Le ténor Enrico Iviglia (qui en fait un peu trop scéniquement) chante avec une certaine sensibilité rossinienne, mais il peine dans l’aigu, tendu et forcé. Marco Zambelli dirige l’Orchestre Symphonique Bienne Soleure avec esprit. On regrette des approximations instrumentales de-ci de-là. Mais sur le plateau, le jeu est formidablement vivant, solistes et choristes unis dans un même tempo enlevé.

«Le Comte Ory» à Bienne et Soleure. Jusqu’au jeudi 31 décembre. Rens. www.tobs.ch

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