Un magma sonore lourd et poisseux. Le dernier concert organisé par le Montreux Jazz Festival à l'Auditorium Stravinski aurait sans doute fait hurler de douleur le compositeur russe. L'oreille irritée non pas par les dissonances d'Alanis Morissette – cette dernière se spécialise plutôt dans les mélodies pop balisées –, mais par le son gras et informe distillé par des musiciens sans charisme aucun. Toutes dents dehors, la Canadienne a parcouru les maigres pages de son catalogue musical, alternant hymnes épiques, rythmés par des roulements de batterie écœurants et des ballades folk gentillettes. Un répertoire salué par une foule apathique, visiblement anesthésiée par la chaleur étouffante qui régnait dans la halle.

Tout autre atmosphère, deux étages plus bas, dans le Miles Davis Hall. Carl Craig, DJ et compositeur techno réputé de la scène de Detroit, proposait un voyage sonore dans le futur. A la tête de l'Innerzone Orchestra, nouveau projet ambitieux fusionnant jazz, soul et électronique planante, l'Américain a excité l'imaginaire des auditeurs. Ses compositions très free, laissant la part belle à l'improvisation, ont sans doute séduit les amateurs de Miles Davis et de Sun Ra. Deux artistes célébrés par le musicien électronique.

Quelques heures plus tôt, lors de la conférence de presse de clôture, un Claude Nobs bonhomme se félicitait du succès artistique et populaire du festival. Si les premières soirées ont été marquées par les prestations décevantes de Rickie Lee Jones et Marianne Faithfull, la suite de la manifestation a valu des moments d'émotion forte, comme les concerts-événements de R.E.M. et Charles Lloyd.

Au final, quelque 81 000 personnes ont fréquenté l'une des deux salles de concerts. En ajoutant la foule nombreuse du festival off et des différents stands musicaux, la manifestation a attiré plus de 220 000 personnes. Dix pour cent de plus que l'an passé. Un chiffre impressionnant qu'explique en partie l'explosion des ventes sur Internet. Cette année, 35% des tickets vendus ont été négociés sur le réseau, alors qu'en 1998 le chiffre dépassait à peine les 20%. Par ailleurs, tout au long du festival, plus de cinq millions d'internautes ont transité sur le site du festival, où 140 heures de matériel audiovisuel, recueilli au fil des soirées, était mis à disposition. Un développement qui, à terme, pourrait s'avérer particulièrement lucratif pour le festival.