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Test d'un casque de réalité virtuelle au festival de musique électronique Sonar, en 2016, à Barcelone.
© Joan Cros

Musique

Quand les concerts se vivent en virtuel

Nouvel acteur de l’industrie des concerts, la réalité virtuelle offre d’assister depuis chez soi et en direct à des spectacles joués au bout du monde «comme si on y était». Etat des lieux

Paléo ou le Montreux complet? Une nuit au festival de Bayreuth, trop loin, trop cher et de toute manière impossible de dénicher un ticket? Quant aux live annoncés prochainement par vos artistes préférés, là encore, ce sera la guerre pour espérer pouvoir y assister. Une logique qui, demain, devrait appartenir au passé, jure l’industrie du live. Concerts rock ou classiques, événements culturels européens ou bien nichés sur des continents lointains: par le biais de la réalité virtuelle (VR), tous seront à vivre depuis son salon, casque numérique sur le nez. Nouvel eldorado? A voir. Pour l’heure toutefois, acteurs des business culturels et technos jouent férocement des coudes pour l’emporter.

Nouveau standard

Spectacle et technologie: un alliage qui a accompagné l’évolution du spectacle vivant tout au long du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui. De l’amplification sonore au recours aux techniques luminaires, des projections vidéo à la banalisation du mapping ou de la LED, les évolutions techniques ont progressivement infecté tous les champs de la création live (concert, opéra, danse contemporaine ou théâtre), apparaissant aujourd’hui comme l’un de ses éléments constitutifs. Néanmoins, on nous fait régulièrement le coup d’avancées 2.0 appelées bientôt, promis juré, à devenir la norme. Et puis rien finalement…

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A cet effet, on pense au gros coup joué en 2012 par le festival californien Coachella qui présentait un concert «tridimentionné» du rappeur défunt 2Pac Shakur. Convaincant. Mais malgré la promesse de voir par la suite les hologrammes de Janis Joplin, Jim Morrison ou Frank Sinatra sur scène, rien ou presque ne s’est présenté. Coûteux à produire, risqué à financer, l’hologramme a finalement été rangé par l’industrie du live au rayon des rendez-vous manqués. Mais avec la VR cette fois, jure-t-on, il en sera tout différemment…

Univers à 360°

Par «réalité virtuelle» d’abord, comprendre l’ensemble des technologies permettant d’immerger l’utilisateur dans un monde fictif. Un casque occultant connecté à votre Smartphone et il est dès lors possible de vivre une expérience par laquelle, notamment, s’explore un univers reconstitué à 360° et au son spatialisé. Jusqu’il y a peu, la VR occupait principalement les producteurs de jeux vidéo. Puis le porno s’y est mis. Après lui, le cinéma, le documentaire ou le film animé.

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A mesure que de nouveaux casques toujours plus performants (Oculus Rift, Samsung Gear VR, etc.) se commercialisaient, un marché émergent dynamisé par les appétits des géants Facebook ou Google s’ouvrait. Là, les acteurs du live s’y sont à leur tour intéressés. «La billetterie étant la principale source de revenus de cette industrie, cette dernière a tendance à scruter toute innovation qui peut se traduire par des ventes de billets supplémentaires», résume Vincent Sager, directeur d’Opus One, l’un des principaux organisateurs d’événements en Suisse. D’autant qu’ici, la promesse est limpide et massue: permettre à l’utilisateur d’assister «comme pour de vrai», et à un prix raisonnable, à un concert ou à un événement diffusés en live streaming. Annoncés prochainement: les performances en VR de Beyoncé, Jay-Z, Coldplay, Madonna ou Lady Gaga.

Promesses

Un territoire économique nouveau est-il à conquérir? Poids lourds de l’industrie du spectacle et des technologies s’affrontent aussitôt, multipliant alliances et stratégies. C’est Coachella qui ouvre la danse en 2016, offrant d’assister à son festival en VR dans le cadre d’un partenariat avec Google et YouTube. C’est le géant de l’organisation de concerts Live Nation qui s’associe ensuite avec la start-up en vue NextVR. Plus loin, c’est Universal, uni à l’Oculus Rift et au géant de l’événementiel iHeartMedia, qui promet d’emporter le morceau, rapidement talonné par Warner entré en affaires avec la plateforme MelodyVR. Très bien. Mais pour quelle promesse?

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A quelques nuances près, la même. Soit offrir à l’utilisateur d’assister à des live à la carte, diffusés selon une définition audio-vidéo assurée demain irréprochable – peut-être aussi de monter sur scène ou, pourquoi pas, de filer en coulisses une fois le show bouclé. «On peut prédire de la curiosité prochaine de la part du public pour ce type de retransmission, tempère Vincent Sager. Mais de là à y voir une concurrence crédible au concert vécu live, il y a un pas. Très peu d’événements musicaux sont capables de rassembler des foules immenses devant leur écran, quand une compétition sportive se traduit souvent par des audiences phénoménales sur les chaînes de télévision.»

Remplacer le frisson

La VR alors, un autre mirage pour l’industrie musicale? La question demeure au regard de l’intérêt relatif, par exemple, suscité par les concerts filmés en 360° récemment proposés par U2, Jack White ou Paul McCartney. A cela, une raison. Malgré les avancées incontestables réalisées par les constructeurs au cours des deux dernières années, la VR et ses possibles sont encore à l’état d’apprivoisement, de maturation. «La technologie n’est pas encore en mesure de remplacer le frisson éprouvé par le spectateur lors d’un concert donné dans une salle de spectacle», défend Vincent Sager. Ou, comme le résume Mathieu Jaton, directeur général du Montreux Jazz Festival: «Il convient de distinguer l’immersion de la contemplation.»

Energie des corps réunis en un même lieu, suspense durant les instants qui précèdent la montée d’un artiste sur scène, impact physique du son, vibration des fréquences basses faisant vaciller jambes et estomac, sueur… A ces bienfaits, la réalité virtuelle n’a pour le moment que peu à opposer. Mais patientons. Selon les estimations diffusées par IDC, fournisseur mondial de renseignements sur les marchés des nouvelles technologies de l’information, les ventes de casques VR atteindraient 76 millions d’unités en 2020. Peut-être alors regarder chez soi un concert en immersion numérisée sera-t-il devenu un pied total qu’on ne saurait bouder…

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