Après Bob Dylan, c’est au tour du Concombre masqué de recevoir le prix Nobel, en Economie ou en Frigoulisme, ce n’est pas très clair, mais peu importe. Car le fabuleux Légume, flanqué de son inséparable Chourave, a visiblement re-régulé la finance, amené la paix sociale en Afrique, mis le souk dans les aglorithmes (sic), encouragé l’oisiveté globalisée et remis au goût du jour «J’attendrai» que Jean Sablon roucoulait dans les sombres années 30, «Mamy Blue» que Nicoletta et un crapaud à gapette beuglaient dans les joyeuses seventies, ainsi que «Asimbonanga» que Johnny Clegg entonnait dans les trépidante eighties… Mais revenons au vif du sujet.

Lanceurs d’alerte et veilleurs au grain

Il était une fois, au fond du Désert de la folie douce, un escargot à bonnet qui s’inquiétait de ne pas voir le Concombre et Chourave. Il retrouve les deux compères sur le donjon du Cactus-Blockhaus scrutant l’horizon avec leurs jumelles. Ils travaillent! Sélectionnés par l’Observatoire des conjonctures, les deux légumes sont devenus lanceurs d’alerte et veilleurs au grain. Leur mission consiste à repérer tout ce qui peut entraver la croissance pour l’éradicouiller illico. Tiens? Voilà justement un de ces ennemis de l’innovation, un Rétrograde, cet oiseau qui vole sur le dos. Ratatatata! Zig! Ouille! Splat! La bête est abattue, ce qui évite la chute des bourses (Blonk! Splatch!) et la fuite des capitaux…

Des histoires qui s’amusent à nous faire réfléchir

Ce que Lewis Carroll a fait dans la campagne anglaise, Nikita Mandryka l’a réalisé dans les potagers. Une ondée de nonsense qui a déniaisé les jeunes lecteurs de Vaillant et de Pilote, leur a révélé l’ingouzevible absurdité du monde. Le Concombre masqué n’étant pas coté en bourse, les éditeurs d’albums en couleur de 44 pages l’ont laissé tomber. Le dessinateur n’a pas baissé les bras. Il continue à imaginer des histoires sans queue ni tête qui s’amusent à nous faire réfléchir. Elles sont publiées dans de délicieux petits formats noir et blanc chez Alain Beaulet Editeur.

Le monde de la finance omniprésent

Comme dans le vrai monde, la finance occupe une place prépondérante dans la dimension poznave tardive. Mandryka pourrait y décrocher un Nobel d’économie (lire Le Sac à malices et Le Choc du futur). A travers d’indicibles volutes graphiques et langagières, le dessinateur saisit les expressions polluant l’espace mental («plomber la croissance», «inverser la courbe du chômage»…) et les retrousse comme des chaussettes à clous pour en révéler la savoureuse, la merveilleuse inanité. Le Concombre fait œuvre de salubrité publique.


Mandryka, «Conc et Chou lanceurs d’alerte!», Alain Beaulet Editeur, 46 p.