Classique

Le Concours de Genève sacre un compositeur

Le Sud-Coréen Kwang Ho Cho, 26 ans, a remporté le Prix de composition 2013. Quel avenir pour un jeune compositeur? Confidences d’un talent en herbe

Il ne s’y attendait pas, il a eu l’air pris de court, l’heureux lauréat du Prix de composition au 68e Concours de Genève. «C’est incroyable, je passe par des hauts et des bas, des fois je doute d’y arriver», confiait-il tout ému dimanche, une heure après avoir remporté le Prix Reine Marie José, à deux pas du Studio Ernest-Ansermet de Genève.

Le Sud-Coréen Kwang Ho Cho, 26 ans, a fait la différence avec sa pièce pour flûte solo et ensemble Pneuma, qui veut dire «respiration» – mais aussi «l’âme, le Saint-Esprit» –, face à quatre autres finalistes. Ce garçon au visage candide et mélancolique repart avec 15 000 francs et une somptueuse montre Breguet, tandis que la Japonaise Chikako Yamanaka, 30 ans, raflait le Prix du public et le Prix «Jeune public» pour une pièce écrite en écho au terrible tsunami de son pays.

Quel avenir pour ce jeune lauréat? Percera-t-il dans la musique «contemporaine» – sur la scène internationale ou sur une scène plus localisée –, dans la musique de cinéma ou la pop? Nul ne le sait, pas même Kwang Ho Cho, qui refuse tout cloisonnement entre genres musicaux. «Chaque langage a son style, ses codes. Je souhaite m’imprégner de tous les genres – classique, jazz, pop – afin de m’ouvrir à la plus grande gamme de sentiments possible. Bien sûr, il faut maîtriser l’harmonie, le contrepoint, l’instrumentation, mais le plus important, c’est l’émotion et le sentiment.»

Né en 1987 à Pyeongtaek, en Corée, Kwang Ho Cho a commencé par étudier le violon, à l’âge de 5 ans, «mais je me suis cassé le bras, alors j’ai tout arrêté.» Il raconte qu’à 7 ans il composait des variations en ré mineur «dans le style baroque». Puis il s’est mis à chanter, à jouer des claviers dans un groupe. «A 18 ans, je voulais devenir chanteur de pop.»

Mais il avait déjà découvert Scriabine, «cette musique aux harmonies si fascinantes». Le déclic, ce fut la 9e Symphonie de Beethoven, une œuvre qui le remue au plus profond. «J’étais très impressionné.» Oui, Kwang Ho Cho – il l’avoue – est «un sentimental», parfois «très déprimé». Il se rassure en disant que Beethoven et Mahler étaient pareillement sujets à des «fluctuations d’émotions». Il cite la 9e Symphonie de Mahler, qui évoque la fragilité de l’existence et la mort. Mais aussi Bruckner, Ravel, Debussy, et Takemitsu, dont il se sent très proche.

Kwang Ho Cho s’arrête un instant. Il cherche ses mots. «Je compose tous les jours. Dès que je ressens quelque chose, je rédige des esquisses. J’accumule des passages de musique, puis j’essaie de les assembler de sorte à créer une pièce.» En 2009, l’étudiant a suivi les cours de maître de Thierry Escaich. En 2011, il remportait le Prix de composition du Concours George Enescu pour une œuvre de musique de chambre. Actuellement, il étudie auprès de Chung Mook Kim, à l’Université Yonsei de Séoul. «Mon professeur – très âgé – insiste sur la maîtrise du contrepoint. Pour lui, la structure d’une pièce est très importante.» Nul doute qu’un tel émotif a besoin de structure.

Philippe Manoury, 61 ans, membre du jury, relève que beaucoup de jeunes compositeurs aujourd’hui proviennent des musiques rock – ce qui n’était pas le cas avec sa génération. «Au bout d’un moment, certains en ont assez de la musique rock et de sa répétitivité puis se mettent à composer.» Une vocation qui exige des sacrifices. «Beaucoup de gens restent fascinés par l’activité de compositeur tout en sachant que ça va être dur. Ils sont alors obligés de gagner leur vie en enseignant, en donnant des cours ou des conférences. Moi-même, j’ai dû enseigner pendant huit ans à l’Université de San Diego car je ne m’en sortais pas financièrement en France.»

«Devenir compositeur, c’est une question qui se joue au niveau existentiel, dit l’Italien Ivan Fedele, président du jury. On entreprend une route difficile à assumer et on le sait.» Si, parmi les cinq finalistes, Pneuma n’était pas la pièce la plus insolite ( Geghard II de Gabriele Cos­mi l’était davantage), cette pièce présente une bonne facture instrumentale et des idées musicales bien variées. L’heureux lauréat, lui, est sur un petit nuage – mais l’avenir s’annonce d’autant plus vertigineux!

«Je compose tous les jours. Dès que je ressens quelque chose, je rédige des esquisses»

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