Une manifestation itinérante de cette dimension est rare. A Genève, elle sera peut-être unique, comme dans les capitales qui l’accueillent tous les deux ans depuis 2008. Le Concours Menuhin affiche un nombre impressionnant de propositions et instille une rare fébrilité artistique dans les lieux qu’il investit. Sa venue sur les bords du Léman pendant dix jours représente un événement, par le nombre de concurrents et de nations représentées, d’institutions locales sollicitées, d’offres pour les musiciens et le public entre épreuves, concerts et une multitude d’événements spéciaux. Cette année, on parle de record historique.

Les 43 participants (dont deux suisses) qui se présenteront en ville ont été sélectionnés parmi 317 jeunes violonistes provenant de 38 pays différents. Une augmentation de 6% par rapport à la dernière édition londonienne de 2016, saluée par les organisateurs qui en savourent le retentissement toujours croissant.

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Comme une olympiade

Créé en 1983 par Yehudi Menuhin le concours se tient à Folkestone jusqu’au décès du grand violoniste en 1999. Son accompagnateur le pianiste Gordon Back en reprend ensuite les rênes et en pérennise l’esprit. Avec lui, les épreuves se scindent en deux catégories: les juniors (avant 16 ans) et les seniors (de 16 à 22 ans). Le concours devient biennal et se produit à chaque édition dans une ville différente du monde.

Aujourd’hui forte d’un rayonnement international d’envergure, la compétition se positionne à la fois comme une sorte d’olympiade, où l’important est plus de participer que de gagner, et un programme festivalier où les rendez-vous très diversifiés foisonnent, tant pour le public que pour les concurrents.

2018, donc, est l’année de Genève. Après Londres, Austin, Pékin, Oslo et Cardiff. Comment le choix s’est-il porté sur la Cité de Calvin? Comme pour la compétition sportive, il a fallu défendre les atouts de la ville pour les organisateurs et convaincre les interlocuteurs culturels et les acteurs financiers locaux.

La «recette idéale»

Etienne d’Arenberg, associé commanditaire à la banque Mirabaud et président de la fondation du Concours genevois, a œuvré pour entraîner le maximum d’énergies dans son sillon. De son côté, Audrey Powell est la directrice de projet qui a coordonné les événements spéciaux conçus en lien avec la ville.

Pour Genève, tout est parti d’un «coup de cœur» d’Etienne d’Arenberg, impliqué depuis 2008 dans le concours. Alors qu’il assiste à l’édition de Pékin en 2012 avec son épouse, la «qualité de l’organisation, la chaleur et la bienveillance de la manifestation» touchent particulièrement le couple. Le désir de transposer cette belle ambiance en terres romandes prendra six ans avant de se concrétiser et de trouver la «recette idéale».

Bailleurs privés

Le secret de la formule magique? «Contrairement aux autres villes où nous fonctionnons avec une ou plusieurs institutions phares qui se font les championnes de la compétition, nous avons choisi d’envisager ici les choses différemment, précise le banquier. Les pouvoirs publics étant déjà passablement sollicités, nous nous sommes tournés vers des bailleurs privés, en ayant à cœur que leur aide pour le concours ne prétérite pas celle pour les acteurs locaux. Une grande fondation qui veut rester anonyme s’est notamment engagée à nous soutenir.»

Pour ce qui concerne les institutions de la région, Etienne d’Arenberg rappelle que Genève possède une haute tradition culturelle. «L’émulation musicale y est très forte entre son Opéra, l’OSR et ses autres formations orchestrales, la HEM, les Conservatoires, les écoles de musique, le Victoria Hall, la cathédrale et tous les rendez-vous réguliers en ville ou dans les environs… Fédérer les institutions locales autour du Concours itinérant est une occasion pour chacun de tisser des liens avec un événement commun et permet de donner un coup de projecteur sur tous. Le concours correspond d’autre part à l’internationalité de Genève et au symbole de paix qu’elle véhicule.»

A la rencontre des écoliers

Du côté de la personnalisation régionale, Audrey Powell s’est attachée à soutenir l’état d’esprit initial en l’adaptant aux particularités de la ville. «Yehudi Menuhin n’aimait pas les concours avec leur notion de rivalité et de compétition. Il ne voulait pas que les concurrents éliminés repartent dès leur épreuve passée, mais qu’ils profitent de cette occasion pour faire des rencontres et des découvertes. Inviter les jeunes sur toute la durée du concours leur permet d’y vivre une aventure inoubliable. Nous nous attachons à leur offrir, à travers des événements spéciaux, tout un panel d’activités, partagées avec le public ou non.»

Pour enrichir le parcours genevois des jeunes musiciens, dûment chaperonnés jusqu’à leur majorité, et accueillis par une petite trentaine de familles, une kyrielle de rendez-vous très diversifiés a été mise en place. Les plus satisfaisants? «Le choix est énorme et très collaboratif», précise Audrey Powell. «La participation au programme «Orchestre en classe» du DIP, en lien avec le Conservatoire populaire et l’Accademia d’archi, concerne neuf écoles primaires qui accueillent un à deux concurrents chacune. C’est une magnifique occasion de rencontre et de travail commun pour ces petits, qui illustre bien la philosophie générale.»

Les enfants pourront aussi participer à un concert à l’Hôpital en collaboration avec la HEM, préparer un programme avec l’orchestre de l’université ou un autre avec celui du Conservatoire, dans le cadre du marathon musical, par exemple. «Pour le reste, le parcours croisé entre public et concurrents est un véritable canevas à composer», souligne Audrey Powell.


2018.competition.org, Genève. Du 12 au 22 avril.