Brigitte Rosset, c’est un éventail affolant de talents. A la fois bonne copine qui brosse dans ses solos comiques des personnages hilarants et attachants. A la fois fine lame qui, dans les pièces plus classiques, fait affluer les élans du dedans. Son dernier personnage, la Comtesse dans La Fausse Suivante mise en scène par Jean Liermier, rappelait ce trésor de délicatesse et contrastait joliment avec son jeu souvent impétueux.

Depuis le 12 mars, date de l’interruption de ce Marivaux hivernal au Théâtre de Carouge, la comédienne a établi ses quartiers aux Diablerets. «Je pense avoir été malade du Covid-19 au tout du début du confinement. Voilà pourquoi j’ai souhaité prendre de la hauteur. Six semaines que je suis là, d’abord en solitaire, puis en famille, et je ne m’ennuie pas. Dingue, non?» Oui, Brigitte Rosset est dingue et parler longuement avec elle procure un plaisir sans pareil.

Le Temps: Brigitte Rosset, vous avez frayé avec le coronavirus. Comment était-ce?

Brigitte Rosset: J’étais sonnée. J’ai eu mal à la tête, des frissons partout, de la fièvre, beaucoup, et j’ai perdu l’odorat et le goût. Mais le plus étrange, c’est que j’ai eu mal aux yeux… Le seul truc sympa? Je n’ai rien mangé pendant une semaine et j’ai perdu du poids! Ça m’a rappelé mon jeûne, celui que j’ai raconté dans ma carte blanche du Crève-Cœur rebaptisée Cuisine intérieure. Les deux expériences relèvent d’un moment hors du temps.

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Une bulle que vous avez prolongée, une fois remise sur pied. Pourquoi?

Parce que j’ai assez râlé que j’avais besoin de faire le point sur toutes mes activités pour ne pas saisir l’occasion de cette retraite forcée. Je suis peut-être un animal social, mais ici, à la montagne, j’échappe à toute pression et je vis ça comme un cadeau royal. J’ai de toute façon l’intention de m’installer définitivement dans ce chalet pour souffler. J’ai eu 50 ans mercredi dernier, je dois aussi apprendre à me recentrer!

Justement, quelle est la grande révélation de cette retraite?

Qu’on peut très bien réussir sans courir. Viser la qualité plutôt que la quantité. Par exemple, j’ai été très frappée par le retour du téléphone. Avant le confinement, on s’appelait furtivement pour se dire qu’on allait se voir vite fait, dans un café, avec du monde, etc. Depuis la mi-mars, on s’appelle longuement, amis, famille, et on se parle vraiment. Le téléphone n’est plus un moyen, c’est une fin. Au bout du fil, on retrouve des réflexes d’avant le portable, on est bien.

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Le silence du confinement, est-ce aussi un moyen de digérer le récent décès de votre maman?

Oui, d’ailleurs, je la sens, elle me parle, sans doute parce que j’ai beaucoup d’espace pour la recevoir. J’ai des vagues de tristesse, mais c’est une tristesse qui ne fait pas mal. Ma maman aimait beaucoup la montagne. Quand je me balade, elle est avec moi. Contrairement au personnage autoritaire et cassant que je brosse avec affection dans mes spectacles, elle apparaît douce et bienveillante. Ça fait du bien de la voir ainsi!

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Vos spectacles, justement. «La Fausse Suivante», interrompue brusquement en mars, et la brillante «La Locandiera», dont la reprise a été compromise peu après…

Oui, c’est triste, cet arrêt sur image qui fige la culture d’un coup. Heureusement, on reprend le Marivaux en janvier 2022 dans le nouveau Théâtre de Carouge. Et La Locandiera, que j’ai la joie de revisiter avec Christian Scheidt, reverra le jour à Nuithonie en mai et juin 2021. Quant à mon solo sur le jeûne, Cuisine intérieure, je croise les doigts pour pouvoir le jouer au Théâtre Benno Besson d’Yverdon, dès octobre prochain. Espérons que la crise appartienne alors au passé…

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Oui, mais comment gérez-vous le manque à gagner?

On a rempli des papiers qu’on a adressés à la commission mise sur pied par les autorités genevoises pour orienter les demandes de compensation. Je ne suis pas très calée dans ce domaine, mais j’espère que c’est en bonne voie!

Pendant cette quarantaine, on vous a vue sur la RTS dans des «Brèves de confinement», avec votre fils. Le début d’un nouveau duo?

Oui, j’adorerais! Ça fait plus d’un an que je pense partager la scène avec Léon qui est un improvisateur redoutable, en théâtre et en jazz. Dans ces «Brèves» qu’on a créées à distance, on parle du fossé générationnel, de la décontraction des jeunes en collocation versus le stress des parents. J’aime beaucoup l’humour pince-sans-rire de mon fiston. A l’avenir, je nous verrais bien faire un spectacle où on raconterait la relation mère-fils, vue chacun de son côté. Léon a pris de son père, Gaspard Boesch, un vrai sens de la scène.

Le confinement, un bon sujet d’humour?

Sans doute pour certains comiques qui excellent dans l’immédiateté. Moi, j’ai besoin de temps pour décanter et, à vrai dire, je ne trouve pas très drôle cette période de délation et d’agressivité sur les réseaux sociaux. En plus, comme tout le monde vit ce confinement en même temps, le sujet me semble trop commun, trop commenté. Pour le moment, en tout cas, je ne trouve pas un angle personnel sur le phénomène, mais, qui sait, dans six mois…

La mise en ligne gratuite de spectacles vous séduit-elle?

Je serais plus preneuse de bonus, type les coulisses d’une répétition ou un entretien avec le metteur en scène. Pour moi, le théâtre doit rester une émotion de plateau, en direct, et payant. Mettre la culture à disposition gratuitement risque de créer de mauvais réflexes dans le public. Cela dit, si le spectacle a terminé sa course, le revoir sur petit écran peut faire office de trace. C’est pour cela que j’ai accepté que la RTS diffuse mes solos que je ne jouerai plus.

La forme, pendant le confinement?

Du pilates tous les matins, grâce à un cours live sur écran. Et des balades dans le massif des Diablerets. Mais pas de grimpe, ni d’escalade, j’ai le vertige. J’ai intérêt à bouger, car mon plat préféré, c’est le risotto à la crème et aux champignons…