Au début, j’ai ressenti un mélange de vertige et de sérénité. Une crainte face à l’ampleur de la crise, et une tranquillité par rapport à ce qui nous est ordonné. Vivre chez soi, consommer à grandes bouchées livres, films et séries sur son canapé: ça, je sais faire.

Le virus amène à la lumière les légions du salon, les forçats de la télécommande. C’est la lutte première pour nous autres, patates de canapé, qui trouvons enfin un motif d’affirmer notre fierté casanière.

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L’expansion de la culture à domicile

Plus sérieusement, c’est une histoire d’usage de la culture. Dans la toute première de ces chroniques du Temps sur les séries TV (nous fêterons nos 15 ans de complicité dans quelques semaines), j’ironisais sur mon plateau télé face à la série Nip/Tuck, qui contait les mésaventures de médecins, experts et cupides, en chirurgie esthétique. Je me plaçais, oisif avec mes penne all’arrabbiata, face aux veines pulsantes sur le petit écran.

Au fil des années, la consommation de la culture à domicile n’a cessé de gagner du terrain. Elle n’attaque pas vraiment les arts vivants et collectifs: hors virus, les théâtres ne désemplissent pas, de même que les musées. Les cinémas ont des hauts et des bas, mais pas de plongée. On peut supposer que le public mobile se maintient, tandis que le sédentaire augmente. Cela se lit dans la présence toujours plus forte des sites de streaming.

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Le virus appuie là où cela penchait

Bien sûr, il existe une population mixte, qui absorbe la culture à l’extérieur autant que dedans. Mais en termes économiques, tout indique que les moteurs de croissance se trouvent dans la consommation domestique. De même que dans le commerce, la tendance était aux livraisons, le virus ne fait qu’appuyer, au marteau, là où cela penchait déjà. Et que se passera-t-il peut-être, tantôt, dans nos cités écrasées par le soleil? Canapé, lavette fraîche et ventilateur?

La patate de canapé est une facette de l’avenir de l’humanité culturelle. Après tout, elle ramène d’abord à la lecture, acte fondateur. Et puis vautré ne dit pas forcément décérébré. Tant qu’à être confiné, et comme arrive le 10e anniversaire de sa fin controversée, je me lance dans une intégrale Lost. Le divan, c’est un travail.