Twist à Saint-Tropez, Sea, Sex & Sun, La Madrague... Tant de tubes de l’été, tant de prospectus sur papier glacé, tant d’offres spéciales pour des vacances de rêve ont ancré au cœur du citoyen consommateur la certitude que le monde lui appartenait, qu’aller se griller la couenne sous les tropiques était un droit inaliénable. Confiné, voyant les sables blancs et les cocotiers s’éloigner, il a le temps d’apprendre que les vacances n’ont pas été créées le 7e jour, du moins pour les gueux. Dans les années 20, les ouvriers neuchâtelois travaillaient dix heures par jour, six jours par semaine, et après ils s’occupaient du petit bétail ou ramassaient du bois de chauffe. «On n’avait pas le temps d’être malade», se souvient un retraité, car un jour de grippe, c’était un jour de salaire en moins. L’assiduité au travail s’imposait comme une morale du peuple; la classe dominante considérait les ouvriers comme des feignants juste bons à traîner au bistrot.