Elle préside à l’esthétique de l’une des publications les plus prestigieuses du globe. Kathy Ryan dirige le service iconographique du New York Times Magazine. De passage en Suisse, dans le cadre du Grand Prix de photographie de Vevey (LT du 23.04.2013), elle décrit les coulisses de l’hebdomadaire, découvreur de talents et rafleur de récompenses.

Le Temps: Comment est organisé le service photographique du «New York Times Magazine»?

Kathy Ryan: Nous sommes cinq éditeurs et travaillons essentiellement avec des photographes indépendants. Nous avons des contacts partout dans le monde et choisissons les collaborateurs en fonction de chaque sujet. Le quotidien, lui, a une équipe de reporters salariés, une trentaine en tout.

– Avez-vous une ligne autre que celle de la qualité des images?

– Le défi permanent est de publier des photographies au contenu intéressant, tout en étant touchantes et le plus originales possible.

– Quel est le profil d’un bon éditeur photo?

– Nous devons amener les reporters à prendre la meilleure image. Pour cela, il faut être en même temps créatif et concentré sur le sujet. Il faut pouvoir imaginer la couverture d’un événement, être capable de penser en termes de narration et de mise en page.

– Vous envoyez régulièrement des reporters sur des terrains qui ne sont pas les leurs; un correspondant de guerre aux défilés de mode, par exemple. Une manière d’obtenir autre chose?

– En effet, il est très excitant de sortir les gens de leur territoire et de les confronter à un univers différent. Cela permet un autre regard et des images beaucoup plus inattendues que celles que nous recevons habituellement sur tel ou tel sujet.

– Comment devient-on responsable photo du «New York Times Magazine »?

– J’ai commencé par la peinture, mais je me suis rendu compte assez vite que j’avais envie de travailler en équipe. Je suis alors entrée à l’agence Sigma, qui m’a initiée au journalisme. C’est devenu une passion qui m’a guidée jusqu’au New York Times Magazine.

– Vous y êtes entrée il y a 25 ans. Quels changements depuis?

– Des évolutions technologiques, évidemment, avec l’apparition de la vidéo et de la photographie numérique. Et puis, l’arrivée d’Internet, qui est à mon sens la principale révolution. Le Web a modifié en profondeur notre mode de travail, la transmission des images, la rapidité d’exécution…

– Avec la photographie numérique se pose de façon accrue la question de la retouche. Votre opinion?

– Au New York Times, nous sommes absolument contre les retouches s’il s’agit d’une image journalistique. En revanche, pour un travail plus créatif, en studio par exemple, les enjeux sont différents et la postproduction peut aller plus loin.

– Comme souvent, la dernière image lauréate du World Press Photo a fait polémique. On a notamment reproché à Paul Hansen d’avoir trop modifié les lumières. Qu’en pensez-vous?

– Je ne connais pas exactement le contexte dans lequel cette image a été réalisée, mais d’un point de vue général, il me semble tout à fait possible d’assombrir ou d’éclaircir un cliché. La limite à ne pas franchir est celle qui consisterait à ajouter ou supprimer un élément, à déplacer un personnage…

– On dit le photojournalisme en crise, faute de moyens dans la presse. Etes-vous touchés?

– Le New York Times est encore préservé et consacre de nombreuses pages à la photographie, mais il est vrai que la presse en général voit ses moyens diminuer. Les habitudes de lecture changent également; nous constatons toujours plus une migration de notre public vers le Web. Est-ce que c’est dommage? Non, je trouve cela très motivant aussi de réaliser des vidéos. Nous devons nous adapter, imaginer d’autres modes d’expression pour d’autres supports.