Ariane Ferrier tenait l’art de la chronique en haute estime. Comme une façon d’approcher l’essence des choses sans s’appesantir, comme en passant, par allusions obliques et drôles. Pour décrire l’intensité fugace du bonheur et toute l’humaine cavalcade des jours, quelques lignes lui suffisaient. Le recueil Fragile (BNS) réunissait ses textes parus dans La Liberté entre 2005 et 2014, et offrait déjà au lecteur ce rire communicatif, cette autodérision fraternelle. Publié au lendemain de sa mort survenue le 26 novembre, La Dernière Gorgée de bière est le récit de son voyage au pays du cancer. Pas d’apitoiement, ni de déploration: Ariane Ferrier écrit pour partager ce don si précieux, un sens de l’humour vécu comme une main tendue vers l’autre, comme une porte d’accès à la poésie qui sauve.

Chaque éclat de vie pisté

Adressé à toutes celles et tous ceux qui souffrent de la maladie, («ma sœur de souffrance, mon frère de chimio») et à ceux qui accompagnent des malades, La Dernière Gorgée de bière se présente comme un «manuel de survie en milieu hostile». Journaliste jusqu’au bout, Ariane Ferrier écrit à la façon d’un reporter de guerre mais qui au lieu de compter les morts pisterait chaque éclat de vie, de rire, de poésie. Forte de son «âme rigolarde» («c’est comme d’être né gaucher ou avec l’oreille musicale»), elle atterrit dans l’univers de la maladie et de l’hôpital comme devant une source de poésie cocasse, désarmante, irrésistible. Et d’emblée, elle écrit à l’usage de celles et ceux qui resteront, soucieuse de transmettre, comme dans tout bon manuel, des manières de vivre au mieux ce genre de mésaventure.

Aller à l’essentiel pour éviter le «pompeux»

Quand l’issue du voyage devient inéluctable, Ariane Ferrier s’attelle à «rester vivante jusqu’au bout». Pour éviter le «pompeux», elle va à l’essentiel, comme de donner, enfin, sa recette de la «mousse exquise aux étoiles de caramel», un poème en soi, condensé de vie et de tendresse. On se promet de la faire. Et de garder ce livre dans le tiroir de sa table de nuit, pour braver toutes les tempêtes.


Ariane Ferrier, «La Dernière Gorgée de bière», BNS, 94 p.