Le Conservatoire de musique de Genève marche sur des œufs. Appelée à assainir les finances, la nouvelle administratrice, qui a naguère dirigé une clinique privée, n'a pas porté satisfaction. «Jeannette André est venue avec des compétences certaines, mais nous avons divergé sur sa méthode et sa manière de faire, explique Jean Grosfillier, président du conseil de fondation, qui assure une mission de suppléance. On ne dirige pas un conservatoire comme un hôpital.» Le mandat, entré en vigueur en septembre 2002, s'achève au 31 août.

Le Conservatoire croyait pourtant avoir déniché l'oiseau rare pour résoudre ses problèmes budgétaires, rencontrés depuis une dizaine d'années (lire Le Temps du 13 mars). En effet, en raison de taxes d'écolage impayées et d'une comptabilité peu rigoureuse, les arriérés se montaient à 3 millions de francs en 2001. Une moitié de cette somme a pu être récupérée. Mais l'essentiel reste à faire, d'autant que le système informatique doit être révisé et que le personnel administratif est en sous-effectif.

L'établissement avait fondé de grands espoirs sur cette personne – que nous n'avons pu joindre –, débusquée par un chasseur de têtes au printemps 2002. Du côté du corps enseignant, la méfiance n'a cessé de croître, surtout après le licenciement brutal, fin janvier, de quatre membres de l'administration, alors même que la nouvelle responsable procédait à des engagements contestés. Cartel et syndicat ont exigé que le Département de l'instruction publique (DIP) intervienne, protestant par ailleurs contre le non-respect des statuts du personnel et l'inertie de la direction qui n'a pas cherché à reclasser les licenciés à l'interne. Conséquence: le Service de surveillance des fondations du DIP s'est rendu au Conservatoire et doit remettre prochainement un audit portant sur la gestion de la maison.

«Pour un poste qui n'existait pas»

Dans les couloirs, on s'étonne qu'un employé temporaire ait été remercié par le conseil de fondation, le 12 juillet, trois mois après son arrivée. «Cette personne avait été engagée par Mme André pour un poste qui n'existait pas, souligne Jean Grosfillier. Ses compétences ne sont aucunement remises en cause.» Et d'expliquer que la nouvelle administratrice a pris des décisions sans consultation, d'où les divergences. Le 13 mai, le personnel apprend par une lettre de la direction que l'administratrice est «absente pour maladie». «La direction invoque cette histoire de congé maladie pour que les choses se terminent en douceur», commente Gérard Desmeules, président du Cartel des enseignants de la Fédération genevoise des écoles de musique.

Le Conservatoire a tout intérêt à rétablir la situation s'il veut s'intégrer au mieux dans la future Haute Ecole romande de musique et réussir sa réforme de l'enseignement musical de base. Lors d'une réunion en juin dernier, le conseiller d'Etat Charles Beer a insisté sur «l'importance de suivre la gestion quotidienne en priorité». Plusieurs mesures ont été prises. «Je viens de préparer six à sept cahiers des charges alors que les mandats n'étaient pas clairement définis, affirme Jean Grosfillier. Nous avons engagé un comptable il y a trois mois. Nous avons donné officiellement les pleins pouvoirs à Doris Vasey qui dirige désormais l'Ecole de musique (la section non professionnelle). Nous cherchons un adjoint pour la seconder. Enfin, nous allons repourvoir un poste pour traiter du contentieux et de la facturation.» Entre ses difficultés internes et la fastidieuse chasse aux arriérés de taxes d'écolage, l'institution n'est pas au bout de ses peines.