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Franz Rogowski et Sandra Hueller, acteurs principaux du film allemand «In den Gängen».
© Tobias Schwarz / AFP

Festival

La constance discrète du cinéma allemand

La 68e Berlinale s’est achevée samedi soir. Avec quatre films sélectionnés en Compétition pour l’Ours d’or, le cinéma allemand a montré ce qu’il avait de meilleur. Mais c’est finalement «Touch Me Not», de la Roumaine Adina Pintilie, qui a été sacré

A l’échelle mondiale, le cinéma allemand reste marginal. Au milieu des années 2000, on avait assisté à un certain renouveau avec Good Bye, Lenin!, de Wolfgang Becker, et La Vie des autres, de Florian Henckel von Donnersmarck, qui traitaient tous deux de l’histoire récente du pays, soit durant et avant la réunification; ces deux films ont connu un succès international impressionnant. Depuis, aucun film d’Allemagne n’a eu un tel succès.

Il y a cependant eu d’excellentes productions ces dernières années: Victoria (2015), de Sebastian Schipper, filmé en un seul plan-séquence époustouflant, et plus récemment la comédie Toni Erdmann (2016), de Maren Ade, sur un père qui cherche à renouer le contact avec sa fille. A mentionner aussi In the Fade (2017), de Fatih Akin, qui retrace le parcours d’une femme cherchant à venger son mari assassiné par un couple de néonazis. Pour ce film actuellement en salles en France et dont la sortie en Suisse romande est incertaine, Diane Kruger a reçu l’année dernière le Prix d’interprétation féminine à Cannes.

Quatre films allemands en Compétition

La 68e Berlinale, qui s’est achevée samedi soir, a permis un état des lieux du septième art allemand. Par quoi les quatre films allemands en Compétition se distinguent-ils? 3 Tage in Quiberon d’Emily Atef reconstitue en noir et blanc une interview, en Bretagne, entre l’actrice Romy Schneider et un journaliste. Tous deux ressortiront bouleversés de cette rencontre où il est question des dépendances à l’alcool et aux médicaments de la star qui a incarné l’impératrice Sissi et qui traîne ce personnage comme un boulet. In den Gängen, de Thomas Stuber, qu’on peut traduire par «dans les rayons», raconte une histoire d’amour dans un supermarché. Ce film délicat parvient à insuffler une bonne dose de poésie à un lieu a priori banal.

Tout comme dans In den Gängen, le rôle principal de Transit est assuré par Franz Rogowski, incontestablement le nouveau visage masculin du cinéma allemand, qui parvient par sa présence simple et authentique à capter la sympathie du spectateur. Transit, de Christian Petzold, met en scène une histoire de fuite durant la Seconde Guerre mondiale. Le film se déroule principalement à Marseille, mais en transposant l’action temporellement à aujourd’hui.

Mein Bruder heisst Robert und ist ein Idiot, de Philip Gröning, est une œuvre d’art et d'essai de trois heures, et il s’agit peut-être du long-métrage le plus allemand des quatre. Deux jumeaux, un frère et une sœur, préparent en plein air l’examen oral de maturité en philosophie, à quelques mètres d’une station-service. Il est question de saint Augustin, d’Heidegger et de la définition du temps. S’ils semblent vivre en symbiose l’un avec l’autre, à la limite de l’inceste, cet état vacille alors que la fille apprend que son frère est amoureux d’une camarade. Elle parie alors qu’elle couchera avec quelqu’un avant l’examen du lendemain.

Un grand vide

Si ces quatre films font preuve d’originalité et présentent des qualités esthétiques fortes, la presse allemande s’accorde autour du fait qu’aucun n’est réellement un chef-d’œuvre qui aurait des chances de percer à l’étranger, comme ce fut le cas pour Good Bye, Lenin! ou La Vie des autres. Lors d’un débat organisé sur cette question, le réalisateur allemand Tom Tykwer, qui a présidé cette année le jury, regrette l’absence de films allemands «sauvages et massifs», et stigmatise «la tendance qu’ont les grandes écoles de cinéma à pousser à l’acharnement technique, à une image hyper-polie et surléchée.»

Un étudiant de l’Université du film de Babelsberg a quant à lui regretté que les «exigences des chaînes publiques pour soutenir la production de films aient glissé vers le mainstream; ce qui était avant un long-métrage est aujourd’hui un film d’auteur expérimental.» Dans une rencontre rapportée par la Frankfurter Allgemeine Zeitung, l’actrice et auteure Julia Zange trouve aussi les mots justes pour décrire le problème: «Il y a un vide entre le cinéma de divertissement, que j’aime en fait beaucoup, et le cinéma d’art et d’essai de l’école berlinoise. Je trouve que ces deux genres sont trop séparés et qu’il faudrait, comme dans un fondu enchaîné, les rassembler.»


La Berlinale sacre les femmes en pleine vague #MeToo

Le festival du film de Berlin a mis les femmes à l’honneur en décernant notamment son Ours d’or à la réalisatrice roumaine Adina Pintilie, au terme d’une édition très marquée par la polémique #MeToo. A mi-chemin entre fiction et documentaire, son film Touch Me Not est une exploration sur l’intimité et la sexualité, à travers trois personnages confrontés à des blocages dans leur vie personnelle. «C’est une invitation au dialogue et à accepter l’autre dans toute sa différence», a déclaré la réalisatrice de 38 ans, la sixième femme à obtenir la récompense du meilleur film à la Berlinale.

L’an dernier, la Berlinale avait déjà surpris en récompensant Corps et âme, de la Hongroise Ildiko Enyedi, actuellement en lice pour l’Oscar du meilleur film étranger. Le jury, emmené par le réalisateur allemand Tom Tykwer, a également récompensé une autre femme, la Polonaise Malgorzata Szumowska, avec le Grand Prix du jury pour Twarz, sur un jeune homme défiguré après un grave accident. Se disant «ravie d’être une femme réalisatrice», la lauréate a estimé que son film est «une métaphore de la situation politique en Pologne», où le pouvoir nationaliste est accusé par ses détracteurs de dérive autoritaire.

Wes Anderson primé

Sur fond d’onde de choc #MeToo, cette 68e édition de la Berlinale, le premier grand festival de cinéma de l’année en Europe, a largement mis à l’honneur les femmes à l’écran, malgré la présence de seulement quatre réalisatrices en Compétition sur 19 films. La célébration des femmes s’est vue aussi avec Las Herederas, de Marcelo Martinessi, premier film de ce réalisateur du Paraguay et premier film aussi en Compétition venant de ce pays. Il dresse le tableau d’une femme s’émancipant sur le tard et d’où les hommes sont quasiment absents.

L’actrice principale, Ana Brun, s’est vu décerner le prix de la meilleure actrice. Très émue, cette dernière a dédié son film aux femmes de son pays «qui sont des combattantes». «Ce film donne un rôle clé aux femmes pour bâtir une histoire dans une société très machiste d’Amérique latine», a déclaré le réalisateur du film. Avec son film d’animation L’Île aux chiens, Wes Anderson est quant à lui reparti avec l’Ours du meilleur réalisateur. C’est l’acteur Bill Murray, une des voix du film, qui est venu chercher le prix. «Je n’aurais jamais cru qu’en jouant un chien, je repartirais avec un ours», a-t-il plaisanté. Enfin, l’acteur français Anthony Bajon, 23 ans, a été sacré meilleur acteur pour La Prière, de Cédric Kahn, sur d’anciens toxicomanes en quête de rédemption. AFP

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