Elisabeth Horem. Mauvaises Rencontres. Bernard Campiche, 150 p.

Mauvaises, ces rencontres? En tout cas pas pour le lecteur qui enchaîne ces douze nouvelles sans désemparer. Pour les protagonistes, le contact avec les autres est plus souvent manqué que vraiment mauvais. Ou alors, c'est radicalement et de façon surprenante que les événements dérapent, comme dans le bref récit qui donne son titre au recueil.

Dans «Carrière», une foule se presse sous les hurlements des soldats. Cette marée humaine se déverse, goutte à goutte, de l'autre côté d'un tourniquet. Prise dans la masse gluante, une femme aperçoit celui qu'elle identifie comme «l'amour de sa vie», un inconnu brun à la chemise ouverte. Mais un mouvement les éloigne l'un de l'autre. Elle passe de l'autre côté, oubliant la montée du désir. Qu'y a-t-il dans cet au-delà? On n'en saura pas grand-chose, sauf que l'accueil y est rude. Elisabeth Horem manie volontiers le fantastique kafkaïen qu'elle ancre dans le réel avec des détails anodins qui soulignent l'étrangeté de la situation.

Une voiture s'arrête, la nuit, devant une maison isolée. Menace ou promesse d'avenir? Un homme tremble au souvenir d'un dérapage, lui qui aime trop les petites filles. Une femme dans un hôtel est fascinée par un étranger au regard dur; une autre traverse des paysages de boue et de pluie pour lire Claude Simon dans un hôtel de province, à l'insu de tous. Et alors? Alors rien. C'est l'art d'Elisabeth Horem de laisser le lecteur continuer pour son compte ces monologues intérieurs.

Deux «serviteurs de l'Etat», isolés sur une île, sont condamnés par un gouvernement absurde à entretenir tout seuls la digue qui protège leur maison de la marée. Un vieux célibataire reçoit la visite de deux amies et ça se passe mal. Une adolescente rêve qu'elle quittera ses parents, leur maison pourrie et leur vie moisie. Solitudes. Utopies. Frustrations. Vies vécues par procuration. Récits impossibles à écrire, tel ce rendez-vous manqué, «maillon pour toujours manquant dans la chaîne de ses livres».

La tonalité est sombre mais la justesse du trait, des éclats d'humour et d'ironie l'éclairent. Après plusieurs romans excellents, Elisabeth Horem a su magnifiquement parler de sa vie de recluse dans Bagdad en guerre avec Shrapnels (Campiche, 2005, repris en CamPoche en 2006). Ces nouvelles montrent une autre facette de son talent.