L’horreur. Cinquante-sept personnes brutalement assassinées lundi dans le sud des Philippines. Des élections, des clans politiques, des complicités locales, et voilà plusieurs dizaines de personnes massacrées par balles, puis jetées dans une fosse commune. Parmi elles, beaucoup de femmes, au moins 18 journalistes et des usagers de la route témoins du guet-apens.

Comme un hommage d’un homme de presse à des collègues, cette photo est à la fois terrible et parfaite. « Graphic content », prévient la légende originale de la photo. L’expression, un euphémisme typiquement anglo-saxon, signale que le contenu de l’image peut choquer par sa violence. Mais en l’occurrence, ce contenu graphique sert le propos de la photo. Trois lignes pudiques se croisent : tout est dit avec une remarquable économie de moyens.

La photo me rappelle un cliché célèbre de Don McCullin au Vietnam. On y voyait un jeune soldat nord-vietnamien mort, étendu au sol, le contenu de son portefeuille éparpillé autour de lui, dont des petites photos de ses proches. Là aussi, la composition parfaite décuplait l’impact de l’image. La photographie ? Une affaire de lignes qui se croisent pour servir un sens.