Contre Ebola, au rythme du rap et du reggae

Santé En Afrique, aux Etats-Unis et au Japon, les chansons préventives prolifèrent

Morceaux choisis

Comme le blues le fut au début du XXe siècle avant de laisser ce rôle au jazz et au rock, le rap est aujourd’hui la musique de réaction face à l’actualité. On citera en vrac les chansons sur le 11-Septembre, la victoire de Barack Obama ou la chute du président tunisien Ben Ali.

L’épidémie d’Ebola qui sévit en Afrique de l’Ouest provoque ainsi l’apparition de dizaines de morceaux. Le site américain Rap Genius, une base de données collaborative de lyrics (paroles) de rap, a fait parler de lui ces dernières semaines en avançant que «dans les trente derniers jours, [ses] utilisateurs ont ajouté 23 chansons en cinq langues qui parlent d’Ebola». En réalité, la plupart sont des chansons qui utilisent le mot pour faire une bonne rime, mais ne parlent pas spécifiquement du virus. Certaines ne sont d’ailleurs pas nouvelles, puisque le «Trop Jeune» de Doc Gynéco, qui évoque une épidémie précédente, date de 2001. Mais il faut plutôt aller fouiller sur YouTube pour trouver des chansons sur Ebola.

Il y a tout d’abord les chansons collectives, qui rassemblent plusieurs figures pour alerter les populations sur les dangers du virus. Le reggae-man ivoirien Tiken Jah Fakoly, très écouté partout en Afrique de l’Ouest et en Europe pour ses textes souvent très politiques, a ainsi rassemblé de nombreuses stars sous la bannière Africa Stop Ebola, dans une chanson bourrée de vrais conseils médicaux («Ne touchez pas les malades ou les morts», «ne serrez pas les mains», «faites confiance aux médecins»). Des avis qui ne semblent pas inutiles, vu les difficultés que rencontrent les équipes médicales dans certaines régions.

On croise dans la chanson Salif Keita, Oumou Sangaré, Amadou et Mariam, le rappeur français Mokobé (113) et le joueur de kora Sékou Kouyaté, pour une grand-messe en studio avec un gros casque sur les oreilles, comme cela se faisait dans les années 80, pour l’Arménie, l’Ethiopie, ou carrément l’Afrique entière.

Au Sénégal, le collectif de rappeurs Y’en a marre, qui s’est formé en 2011 pour inciter les jeunes à voter et à ne pas laisser le pouvoir à quelques oligarques, y va lui aussi de son enregistrement en groupe, et réunit une bonne partie des figures de la scène hip-hop du pays.

Les chansons à message sont de loin les plus nombreuses, qui alertent sur les effets du virus ou expliquent comment essayer d’enrayer l’épidémie. Le Nigérian Groundzero a carrément travaillé avec des médecins pour écrire le texte de son «Ebola Rap», qui est un livret de sensibilisation à la maladie par le menu, avec explications sur sa propagation, ses effets médicaux, et quelques conseils de base, notamment qu’il ne sert à rien de se frotter le corps avec «du sel», «du poivre» ou même «du bouillon Maggi» puisque «Ebola n’a pas de remède» aujourd’hui.

C’est aussi le message du tube «Ebola in Town», par le Libérien Shadow: «Ne touchez pas vos amis», «ne vous embrassez pas», dit-il sur des images effrayantes censées présenter les effets du virus mais qui proviennent pour certaines d’autres maladies. Sous une bonne couche d’auto-tune, ce programme qui transforme les voix toujours très à la mode dans la sphère rap-r’n’b, il rappelle aussi que manger «du singe» ou «de la chauve-souris», des animaux sauvages, c’est se mettre en danger.

Toujours au Liberia, l’Unicef et le Ministère de la santé ont monté une campagne de sensibilisation à succès qui utilise le hipco, un genre à la mode en ce moment, dans la chanson «Ebola is Real». Il s’agit autant de donner des conseils d’hygiène de base que de convaincre les auditeurs que l’épidémie est bien une menace pour le pays.

Un passage de la chanson évoque notamment les cérémonies traditionnelles d’enterrement pratiquées dans certaines régions, qui peuvent propager la maladie: «Vous pouvez appeler un infirmier proche de vous pour vous aider à enterrer le corps en portant des vêtements protecteurs et des gants», indique la chanson.

Au Sénégal, le collectif de rappeurs Y’en a marre y va lui aussi de son enregistrement en groupe