Jour de canicule à Toulouse. Dans ses traboules désertées, ses bords de Garonne assoiffés, la cité sue et se terre. Le dimanche après-midi, dans l'attente que le cagnard s'apaise, la sieste de rigueur émousse les rumeurs du centre-ville. Tout juste surprend-on le ballet furtif des Clio qui, vitres abaissées, crachotent leur hip-hop à travers la place du Capitole.

Rien à signaler, en somme, dans une cité dont la mairie chahutée aspire désormais au calme. Au calme et, surtout, au silence. Depuis que le Bikini, dernier club rock de la cité, s'est effondré dans la déflagration de l'usine AZF, les choix du mélomane toulousain se sont simplifiés à l'extrême. Bruel ou Zazie au Zénith de la périphérie – mais pardon! le plus grand de France, insiste-t-on – sinon rien.

«Toutes les tentatives de faire revivre une scène indépendante ont capoté. Ici, il y a un manque criant de diffusion musicale, et les créateurs finissent tous par s'exiler.» Etudiant en histoire de l'art, Samuel Aubert a lui-même quitté Toulouse pour Paris. Pas avant d'y laisser toutefois l'amorce d'un dégel auditif. Avec son collègue à la programmation Eric Monnereau et les six autres bénévoles de l'association Rotation, le jeune homme a donné naissance aux Siestes électroniques. Festival aux trois quarts gratuit, dont la programmation originale et exigeante s'est attiré l'intérêt de prestigieux médias européens.

Tous les week-ends jusqu'au 3 août, dans les jardins des Abattoirs, musée d'art contemporain surplombant la Garonne, de petits chapiteaux sont montés en hâte pour accueillir jusqu'au soir le meilleur de l'électronique flegmatique. Du Mexicain Murcof au Berlinois Apparat, des Allemands Herrmann & Kleine au Japonais Aoki Takamasa, l'affiche de cette deuxième édition donne voix à l'un des courants majeurs de la création numérique, reflet des goûts distingués de ses programmateurs audacieux.

«L'idée était de créer un événement original pour défendre une musique rarement présentée, précise Eric Monnereau. Dans les grands festivals, ces artistes sont toujours relégués sur de petites scènes, parce qu'ils ne font pas une musique qui se danse. Notre souhait était de créer un cadre d'écoute approprié pour les mettre en avant.»

Ce premier dimanche de Siestes, aux Toulousains Hensley et Vs_Price d'ouvrir le bal amorphe. Désert quelques heures auparavant, le parc verdoyant des Abattoirs s'emplit progressivement de sacoches en bandoulière. Et comme les coins frais sont rares, l'assistance grossit à mesure que les ombres s'allongent. Jeunes pour la plupart, accompagnés de leurs enfants ou d'un chien fureteur, les auditeurs lézardent dans les prés inclinés, ou sur l'esplanade qui donne une vue imprenable sur le fleuve étique.

Nul besoin d'avoir l'oreille rivée à la scène, ni de prêter attention aux moindres gestes du musicien courbé sur ses laptops. L'écoute, ici, musarde d'une conversation à l'autre, admirant sans en avoir l'air les précipités crépitants de Vs_Price ou les boucles de guitares parasitées du Parisien Sylvain Chauveau (lire ci-dessous). A peine songe-t-on à la chance de pouvoir bénéficier d'un rare festival en cet été d'intermittences indociles.

«Organiser un tel événement tient de l'acte militant», revendique Samuel Aubert. «La plupart des DJ's que l'on voit partout sont devenus des pousse-disques, qui ne créent plus rien en direct. Les artistes que nous choisissons sont peu médiatisés, mais demeurent faciles d'accès. A nous de montrer à des publics très divers que l'on peut apprécier cette musique sans devoir affronter le marathon éprouvant du Sonar de Barcelone.»

Aucun risque de ce côté-là. A 20 h, extinction des feux auditifs. Le parc ferme ses portes à 21 h, et la mairie ne tolérerait pas de tapage au-delà. Aussi vite qu'elles étaient venues, les tentes se replient, tandis que le public se disperse sans se presser. Direction la bouche du métro Saint-Cyprien, où quelques plages d'électronique minimaliste se sont infiltrées, Siestes obligent, dans la diffusion lénifiante de la station. Beaucoup prendront rendez-vous pour le week-end suivant, le temps de s'adonner encore à cette sieste si énergisante.

Les Siestes électroniques à Toulouse, jusqu'au 3 août. Prochains concerts: Murcof, Colleen, Apparat et Aoki Takamasa (sa 26), Herrmann & Kleine (di 27). Rens. http://www.les-siestes-electroniques.com