Fela Kuti

Fela Originals

15 CD et 2 coffrets vinyle en édition limitée (Barclay/Universal)

Moins de quatre ans après la mort de Fela, son œuvre entière est désormais accessible. Après une première vague de rééditions en 1999, quinze opus originaux complètent le panorama. Première stupéfaction, l'œuvre du Nigérian, de Open and Close (1971) à Beasts of No Nation (1989), n'est pas aussi uniforme qu'on l'a souvent dit. Les compositions de Fela sont certes de longues processions funky, au rythme tenace et aux cuivres affûtés, sur lesquels le harangueur lance son flux incantatoire.

Mais, durant vingt ans, au fil des formations (Africa 70 et Egypt 80) et de ses rencontres éphémères, de Ginger Baker à Roy Ayers, Fela Kuti affine son expression. D'une déflagration rythmique dans les somptueux albums Zombie ou Monkey Banana, le son Fela s'apaise dans les albums plus récents. Il s'africanise aussi. Dans O.D.O.O., par exemple, le révolté de Lagos parvient à la fusion parfaite des éléments de musiques traditionnelles et des influences afro-américaines.

Œuvre fondamentale, rééditée dans le lot, Army Arrangement est enregistré en 1984. Un premier texte saisissant condamne, sur une pulsation infaillible, les combines meurtrières de la soldatesque nigériane. Plus loin, dans le morceau «Governement Chicken Boy», Fela dénonce la corruption des fonctionnaires. Thèmes récurrents que la chanson africaine ne cesse d'évoquer depuis lors. La magie de Fela naît de cette opposition résolue entre la violence des propos et l'envoûtement des musiques.

Une longue biographie, retranscrite dans chaque album de cette série «Fela Originals», et une mise en contexte systématique des scansions de Fela donnent à penser l'œuvre du Nigérian comme un des plus importants engagements politiques de l'histoire de la musique.