«Notre musique est sang mêlé. C'est une arme. Contre l'ignorance, l'intolérance, le racisme. Nous, nous faisons la guerre, nous avons la volonté de proposer un mélange de toutes les cultures. Demain, les gens ne diront plus «nos ancêtres les Gaulois» mais plutôt «nos ancêtres, ces enfants du monde entier.» A défaut de s'appuyer sur une ambition artistique follement originale, Zebda, collectif toulousain, s'articule autour d'un programme simple et cohérent. Qu'ils parlent, qu'ils chantent, qu'ils jouent ou qu'ils dansent, les sept membres de la formation ne font que marteler leur envie d'ouvrir un jour un manuel d'histoire vantant les mérites d'une France ouverte et pluriculturelle.

Zebda est né vers la fin des années 80 au sein de Vitécri, une association sociale toulousaine pour laquelle officiait Magyb Cherfi. Ebloui à l'époque par la manière avec laquelle un combo comme la Mano Negra jonglait avec les styles musicaux tout en menant un combat contre les pensées xénophobes, cet animateur d'origine kabyle décidait de fonder un groupe avec l'aide de quelques personnages remuants fréquentant Vitécri.

Composé de trois chanteurs (Magyd, Hakim Amokrane et son frère Mustapha) et d'un quatuor de musiciens d'allure rock (basse, guitare, batterie, claviers), Zebda, activement soutenu par 400 bénévoles issus des quartiers chauds, va, sur les bords de la Garonne, se tailler une réputation scénique appréciable. La formation propose alors une musique festive d'inspiration post-Clash pulsée par une rythmique reggae qui brasse, au gré des humeurs, des influences rap, raï, funk et francophones.

En 1992, L'Arène des rumeurs, un premier album endiablé où l'on décèle en vrac les influences des Berurier Noir, de la Mano Negra et de Nuclear Device, arrive trop tard pour séduire en masse un public lassé des exploits sans lendemain de la scène alternative hexagonale. Ce réel échec aura cependant des conséquences positives sur le destin de Zebda.

Dans un premier temps, Magyd et les autres décident de consolider les bases de leur entreprise en créant Tactikollectiff. Autofinancée, cette nouvelle structure permet au groupe de se retrouver pour débattre des nombreux problèmes de société dans une atmosphère conviviale rappelant les films de Robert Guédiguian. A l'instar de ses cousins marseillais du Massilia Sound System ou de IAM, l'entité Zebda dépasse largement le cadre musical. Derrière une faconde chaleureuse, ces artistes nouveaux attendent que leur public se comporte en citoyen plutôt qu'en consommateur et se targuent de posséder un ennemi commun: le Front national.

En 1995, Zebda salue à sa manière l'élection de Jacques Chirac à la présidence de la République en sortant un deuxième album intitulé: Le bruit et l'odeur. En samplant son fameux discours relatif aux prestations sociales accordées aux étrangers, le groupe souhaite la bienvenue au politicien corrézien. Musicalement aussi, les natifs de la ville rose prennent leurs distances avec les rythmes rock pour mieux explorer toutes les musiques en provenance d'Afrique du Nord et du reste du monde.

La même année, le Tactikollectif assoit son emprise en proposant Motivé, un disque regroupant des chants révolutionnaires interprétés par une vingtaine de musiciens et des invités tels que des membres de l'OLP ou Lucie Aubrac, l'égérie de la Résistance. Certains de figurer en bonne place sur les listes noires du Front, Magyd, Hakim, Mustapha et les autres prennent alors quelques mois de recul, mis à profit pour fourbir de nouvelles armes contre les ennemis de toujours.

Troisième album des Toulousains, Essence ordinaire a été produit par Nicholas Sansano, le complice américain d'IAM. Plus musical que les précédents, il s'ouvre aux mélodies andalouses. Les voix chaleureuses de Zebda racontent avec une candeur trompeuse la ségrégation au quotidien, prônent une vigilance de tous les instants sur Tout semble si…, titre emblématique dont les cordes en boucle n'en finissent pas d'avertir: «N'attends pas qu'ils reviennent même s'ils n'ont pas d'armes, ils ont pris quatre villes déjà…»

Essence Ordinaire, par Zebda, Barclay/Polygram.