La musique est-elle un acte politique? C’est la question en filigrane derrière la saison 2016-2017 de l’Ensemble Contrechamps. Le directeur artistique et compositeur français Brice Pauset cite l’Allemand Hanns Eisler en préambule de sa nouvelle programmation pour ancrer le débat. «Quand j’ai songé que la politique s’intéressait beaucoup à la musique, explique Eisler, j’ai alors commencé comme musicien à m’intéresser à la politique. J’ai simplement retourné cela. Si l’on me désigne comme «musicien politique», pour moi c’est un honneur.»

De son côté, Brice Pauset estime que «la musique est un fait social pratiqué par des acteurs et destiné au public. En ce sens, elle constitue par construction un des lieux du politique.» Et de constater à quel point l’engagement d’un artiste peut s’opérer à divers degrés. «On peut, en musique comme en politique, rester à l’intérieur du cadre et en accepter les conditions; on peut vouloir modifier le cadre pour lui permettre de s’adapter à une nouvelle situation; et on peut souhaiter travailler hors du cadre.» A cet égard, l’Italien Luigi Nono et le compositeur suédois d’origine israélienne Dror Feiler (né en 1951 à Tel Aviv), activiste solidaire de la cause palestinienne, représentent la tendance la plus progressiste.

Selon l’adage «l’union fait la force», plusieurs concerts s’appuieront sur des synergies avec d’autres ensembles genevois qui constituent aussi un geste politique. L’Ensemble Vortex et Contrechamps joueront des œuvres qui entretiennent, à divers titres, un lien étroit et fonctionnel avec la réflexion politique. L’Ensemble Vide et Contrechamps feront le grand écart entre John Cage (Atlas Eclipticalis) et le compositeur médiéval Pérotin. On ne manquera pas le monumental Pli selon Pli de Boulez, avec Arie van Beek et l’OCG. A ce même concert, Véronique Gens interprétera la scène lyrique Cléopâtre de Berlioz (en janvier 2017).

Autre grande voix féminine, Bernarda Fink se mesure aux Kindertotenlieder de Mahler dans une version de chambre de Rainer Riehn, au fil d’un portrait croisé avec le compositeur allemand Claus-Steffen Mahnkopf (né en 1962). Hans Zender sera célébré à l’occasion d’un concert-portrait. Antoine Françoise et Stephan Wirth déclineront le piano dans tous ses états, avec des pièces de Ligeti, de l’Anglaise Rebecca Saunders et… sofferte onde serene… pour piano et bande magnétique de Luigi Nono, composé en 1976 pour son ami Maurizio Pollini. Risonanze erranti – Liederzyklus a Massimo Cacciari (philosophe et homme politique italien) est autre une grande pièce tardive de Nono.

Rebonds sur l’actualité

Un nouveau concept, appelé Breaking News, ponctuera la saison, histoire de briser la routine des concerts longuement planifiés à l’avance. L’idée est de rebondir sur une actualité dans la sphère médiatique et internationale pour que les musiciens réagissent avec un programme élaboré quelques jours avant le concert. «Le ronronnement confortable des petites nouvelles est quelquefois brisé par des événements imprévisibles, des surgissements inopinés, explique Brice Pauset. L’événement musical va réagir à ce qui s’est passé dans la semaine qui a précédé du point de vue de l’actualité.»

Le budget de l’ensemble genevois s’élève à 1 million 600 000 francs. Quant aux subventions Ville-Etat, elles se montent à hauteur de 1 million 202 600 francs.
De quoi organiser des tournées, des conférences, des ateliers pédagogiques dans les écoles genevoises ou encore développer la riche activité éditoriale de Contrechamps.


Saison 2016-17 de l’Ensemble Contrechamps.  www.contrechamps.ch