Tous les week-ends, nous proposons nos conseils de films, séries, podcasts et autres créations à découvrir chez soi. Retrouvez toutes nos suggestions.

Si vous avez… 1h37

«Pinocchio»

En 1881 paraissent Les Aventures de Pinocchio, roman pour enfants à haute valeur morale ajoutée, écrit par le journaliste et écrivain toscan Carlo Collodi. En 1911, le réalisateur italien Giulio Antamoro en propose une première adaptation cinématographique. Mais c’est en 1940, grâce à sa version Disney – le deuxième long métrage d’animation de l’histoire après Blanche-Neige et les sept nains – que le petit pantin de bois rêvant de devenir un vrai garçon accède au rang de superstar internationale. Et voici que plus de 80 ans plus tard, les studios Disney proposent un remake de leur film mélangeant prises de vue réelles et animation numérique, comme ils l’ont déjà fait avec d’autres de leurs classiques – Cendrillon, La Belle et la Bête, Dumbo, Le Roi lion, La Belle et le Clochard ou encore Mulan.

Comme une volonté de se réapproprier Pinocchio, plusieurs cinéastes italiens ont mis en scène ses aventures: Luigi Comencini en 1972 pour une série télévisée fidèle au texte originel, Roberto Benigni en 2002 pour un film lui permettant avant tout de faire le clown, et Matteo Garrone en 2019 pour une version sombre et baroque. Réalisé par le vétéran Robert Zemeckis, qui a déjà entremêlé film et animation dans le merveilleux Qui veut la peau de Roger Rabbit et s’est fourvoyé dans des longs métrages en «motion capture» (Le Pôle Express, La Légende de Beowulf, Le Drôle de Noël de Scrooge), ce Pinocchio 2022 est une copie du dessin animé de 1940, efficacement mise en scène et avec comme atout principal Tom Hanks en Geppetto. Mais sans surprise, il perd en poésie ce qu’il gagne en rythme. S. G.

Un film de Robert Zemeckis (2022). A voir sur Disney+.


Si vous avez… 12 x 30'

«Conversations with Friends»

On la surnomme la Jane Austen des millennials. Sans doute parce que Sally Rooney, autrice irlandaise de 31 ans, excelle à raconter les relations amoureuses complexes, souterraines, improbables. On lui doit Normal People, histoire de cœur (et de corps) sinueuse entre deux jeunes se dépêtrant tant bien que mal dans l’âge adulte. Adaptée à l’écran en 2020, l’entreprise sera un succès. De quoi encourager le duo scénariste-réalisateur à remettre le couvert avec Conversations with Friends, premier roman de Sally Rooney. Cette fois, c’est un chassé-croisé entre deux étudiantes et un couple de trentenaires qui se joue, avec le cocktail, propre à l’autrice, de sensualité et de malaise. Malaise car les personnages sont intellectuels et taiseux, préférant les œillades coulées en douce ou les échanges de messages aux… conversations entre amis, justement.

Très millennial, on l’a dit. Une psychologie opaque qui frustre parfois et ralentit inutilement le récit. Mais le réalisme tranquille, presque anecdotique, de Rooney confère à la série un charme indéniable – pour celles et ceux qui ont la patience et l’envie de lire entre les silences. V. N.

Une série d’Alice Birch et Lenny Abrahamson (2022), disponible sur Canal+ et Blue TV.

Retrouvez tous nos articles sur les séries.


Si vous avez… 52'

«Emmanuelle, la plus longue caresse du cinéma français»

Le réalisateur Just Jaeckin est décédé cette semaine en Bretagne d’une longe maladie, à 82 ans. Par hasard, Arte propose pour quelques jours encore un documentaire sur le colossal succès d’Emmanuelle, le film que celui qui était photographe réalisa en 1974 pour le producteur Yves Rousset-Rouard (celui qui fera Les Bronzés), alors récent acquéreur des droits du roman édité par Eric Losfeld. La réalisatrice convoque des voix pertinentes, l’expert du film Marc Godin, l’historienne Christine Bard, la costumière du film Sylvia Charvillat (très franche), Ovidie…

On (re)découvre un film auquel personne ne croyait au final, même (un temps) son producteur, dont la sortie a été rendue possible par l’accession de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence, qui a drainé des centaines de millions de spectateurs dans le monde, qui est devenu un mythe au Japon, qui a été montré durant douze ans sur les Champs-Elysées…

Une œuvre qui choquerait des féministes aujourd’hui, mais qui conserve son rôle de première illustration populaire du plaisir féminin, qui garde à jamais son ambiguïté, relents de phalocratie et provocation nouvelle emballée par la musique de Pierre Bachelet. Le film comprend un hommage à l’actrice Sylvia Kristel, «qui a libéré les femmes tout en étant emprisonnée» dans ce rôle. Née dans les années 1980, l’illustratrice Delphine Cauly raconte en quoi Emmanuelle l’inspire. «C’était un joli film», disait Just Jaeckin. N. Du.

Un documentaire de Clélia Cohen (2020). A voir sur Arte.tv et l’app jusqu’au 12 septembre.