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Rencontre

«Le Coran, une parole vivante à interpréter en fonction du contexte»

Hanane Kéïta, écrivaine malienne, appelle à retrouver le souffle de liberté de la révélation coranique, enfoui sous des siècles de tradition et de juridisme. Rencontre à Genève à l’occasion du Salon du livre

Genre: Religion
Qui ? Hanane Kéïta Traoré
Titre: Et si on relisait le Coran?
L’Harmattan, 76 p.

Elle évoque un islam de liberté, de tolérance et de raison. Un islam qui ignore le péché originel. Un islam dont le message libératoire a été enfoui sous des siècles de tradition et de doctrines juridiques.

Un islam qu’il est donc urgent de relire pour le XXIe siècle. Un ­islam dont, écrivaine et mère de famille sans autre passeport que sa foi et ses lectures, notamment celle du Coran, elle a autant le droit de parler que n’importe quel ouléma car, justement, c’est le message central diffusé par le prophète Mohammed au VIIe siècle: le Livre est ouvert à chaque croyant et nul n’a le privilège de lui dire comment le lire.

Déjà auteure, l’an passé, d’un roman sur la polygamie, Femmes sans avenir, l’écrivaine malienne Hanane Kéïta Traoré est au Salon du livre de Genève, dans le cadre du Salon africain, avec un nouvel ouvrage courageux, joyeux et roboratif: Et si on relisait le Coran?

Samedi Culturel: Relire le Coran, c’est une drôle d’injonction. Est-ce que tous les croyants ne lisent pas le Coran?

Hanane Kéïta: Ce que je propose, c’est de le relire à l’écoute d’une parole vivante, qu’il faut interpréter en fonction du contexte où elle résonne. La révélation est descendue au VIIe siècle, dans des conditions très différentes de celles qui prévalent aujourd’hui. Quand le Prophète, par exemple, dit qu’il faut apprendre aux enfants l’équitation, la natation et le tir à l’arc, est-ce qu’il faut prendre cette injonction au pied de la lettre? Ou ne faudrait-il pas plutôt comprendre qu’il faut leur permettre de maîtriser les compétences de leur temps et leur apprendre l’informatique, les langues, les sciences, etc.?

Et pourquoi cette démarche semble-t-elle si difficile au sein de l’islam contemporain? Peut-être pas quant à l’informatique, mais pour le statut de la femme, les mœurs, notamment?

En réalité, la réflexion sur la réforme de la pensée islamique n’est pas neuve. A partir du XVIIIe siècle, des penseurs comme Djemâl ad-Dîn al-Afghâni et Mohammed Abdou ont proposé de réinterpréter le message coranique en fonction du contexte historique changeant. D’autres, nombreux, ont repris cette démarche au XXe siècle, mais, à chaque fois, elle tourne court ou est écrasée. La référence aux pieux ancêtres, les contemporains du Prophète, domine tout, comme si les musulmans d’aujourd’hui n’avaient pas assez confiance en eux-mêmes pour aller de l’avant. Ils parlent de ces ancêtres comme s’ils avaient vécu hier, comme s’ils les avaient connus, sans mesurer la distance historique qui nous en sépare, la façon dont la raison humaine a progressé depuis lors. C’est également le cas de ceux qui, sur l’autre bord, reprochent à l’islam d’être une religion obscurantiste, favorisant la guerre et l’oppression des femmes. Ils confondent le contexte – celui d’une société tribale où tous les hommes étaient armés et pratiquaient la polygamie – avec le message, qui était en réalité un message de libération et de modération par rapport à ce contexte.

Cette importance de la référence aux ancêtres, n’est-ce pas aussi, pour l’islam contemporain, un moyen de se démarquer de l’Occident colonisateur?

Cette histoire joue un rôle, c’est sûr, notamment en Afrique. Mais c’est surtout l’instrumentalisation politique de la religion qui freine les réformes. Des régimes très peu démocratiques s’appuient sur l’islam pour se donner une légitimité. Un islam antidémocratique, où tout effort pour adapter le message coranique au XXIe siècle est vu comme une invention blâmable, où l’on n’ose pas se poser de question, les aide à se maintenir en place. Certains l’ont payé de leur vie, comme le théologien libéral soudanais Mahmoud Mohamed Taha, exécuté pour apostasie en 1985.

Vous-même, vous avez l’impression de prendre un risque avec votre livre?

Non, je ne crois pas. Mon précédent ouvrage, sur la polygamie, touchait un nerf plus sensible dans le contexte malien que celui-ci. J’espère au contraire susciter des discussions qui favorisent la réforme de l’islam. En réalité, la majorité des musulmans sont modérés et beaucoup se posent les mêmes questions. Il est donc important d’en discuter. Ce n’est qu’en écrivant, en discutant, qu’on parvient à changer les choses.

Dans votre livre, vous évoquez la figure de votre père, un musulman convaincu, tolérant et libéral. Vous évoquez aussi l’influence de la culture malinkée dans votre famille. Est-ce que l’islam malien est un islam plus tolérant?

Il n’y a pas d’islam malien, indonésien ou arabe. L’islam sunnite est le même partout mais les traditions locales changent. Le Mali pratique depuis dix siècles un islam sunnite de rite malékite, qui comprend ses tendances libérales et fondamentalistes, comme partout. Il faut bien voir que le message coranique s’adresse à tous, quelle que soit leur couleur. Plutôt que de tenter de catégoriser nos contemporains en fonction de leur origine, de leur pratique ou même de leur foi ou de leur absence de foi, je crois qu’il vaut mieux aimer chez tous le visage de Dieu.

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