Corinne Hoex

Le Grand Menu

L'Olivier, 124 p.

On dirait un tableau flamand, qui montrerait un intérieur au parquet luisant, avec des meubles et des objets de goût, des tapis, des miroirs, des lampes. «C'est la maison de Papa et Maman», dit la petite fille qui y vit en sécurité. Mais elle dit aussi qu'elle n'est pas «l'enfant de ces gestes, de ces voix, de ces yeux. Ni de cette maison et de ces meubles.» Un sentiment d'inquiétante étrangeté naît de la juxtaposition de ces petites phrases impavides, qui évoquent l'enfermement et la mort: on n'ouvre pas aux inconnus, on scelle son corps «comme une huître sans oreilles et sans yeux», on met ses cheveux coupés dans une boîte, on mange des bêtes mortes à table, on conserve les spéculoos dans une boîte en fer blanc, quand on est punie, Papa vous pousse dans un placard dont il tourne la clé, et Maman dit qu'elle préférerait être morte plutôt que d'avoir un autre enfant. Le Grand Menu raconte le monde vu par une petite fille aux yeux «ouverts comme des bouches muettes», élevée avec beaucoup de principes mais peu d'amour, et qui se console en écoutant les bruits de «la belle nuit vivante qui respire dehors». Sur le mode mineur, un premier roman qui est une réussite.