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«Tu ne te sens pas concerné par le coronavirus? N’oublie pas que ta grand-mère, elle, l’est peut-être.» Tel est le message qu’un collectif d’acteurs culturels romands souhaite faire passer auprès des jeunes pour les inciter à appliquer les consignes de sécurité, au même titre que le reste de la population. Chappatte, Thomas Wiesel ou encore Marina Rollman et le Grand JD: plusieurs dessinateurs, humoristes et youtubeurs participent à cette campagne de prévention spontanée menée en ligne et sur papier. L’enjeu? Eviter que les jeunes, moins vulnérables, ne deviennent le maillon faible du dispositif de lutte contre l’épidémie.

Alors que les milieux culturels sont touchés de plein fouet par la propagation du Covid-19, entre annulations et chômage technique, les voilà qui se mobilisent pour sensibiliser une population qui a tendance à se croire hors de danger. Si le taux de mortalité chez les enfants et les adolescents est infiniment bas, les jeunes peuvent néanmoins être porteurs du virus et le transmettre à autrui. Problème: ils n’en ont souvent pas conscience et ne suivent pas les recommandations de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP): se laver fréquemment les mains, éternuer dans un mouchoir, éviter les embrassades et les manifestations très fréquentées. Le but de ces mesures étant de retarder le moment du pic de l’épidémie et de le rendre le plus faible possible.

Modifier les habitudes

Au front depuis le début de l’épidémie, le médecin-chef du service de prévention et contrôle aux Hôpitaux universitaires genevois le constate avec amertume: le message de prévention a de la peine à passer auprès des jeunes. «A un âge où l’appartenance à un groupe, les contacts physiques et les activités sociales sont prédominants, on comprend que les adolescents aient de la peine à changer leurs comportements, détaille Didier Pittet. Lorsque j’ai réalisé que même les étudiants en médecine n’avaient rien changé à leurs habitudes, j’ai commencé à m’inquiéter.» Désemparé, il décide alors de faire appel à des personnalités capables de toucher un public jeune et connecté.

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Contacté par Didier Pittet, le dessinateur Patrick Chappatte n’a pas hésité à prendre son crayon pour réveiller les consciences insouciantes. Un changement radical dans son travail. «Jusqu’ici, je traitais l’épidémie avec une forme de distance critique, aujourd’hui, je suis un peu dans un rôle de professeur», raconte-t-il. Le résultat? Une bande dessinée didactique qui rappelle les gestes basiques d’hygiène. «J’ai essayé de garder un ton léger tout en mentionnant la dangerosité du virus pour les plus fragiles», détaille le dessinateur, qui a également diffusé le message parmi ses confrères. Une manière de dire aux jeunes: «Il ne s’agit pas de vous mais de vos proches.» 

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«Le coronavirus, c’est du sérieux»

La mécanique se met en marche. Sollicités par Patrick Chappatte, Thomas Wiesel, Marina Rollman, Yann Marguet, Yoann Provenzano et le Grand JD entrent dans la danse. Ensemble, ils réalisent une capsule vidéo mise en ligne mardi. D’une boutade à l’autre, les humoristes entonnent en cœur: «Le coronavirus, c’est du sérieux.» «On peut être porteur du virus et le transmettre à d’autres», rappelle l’un, tandis que l’autre lui répond: «Ce qui doit être viral, c’est le geste juste.» Détail piquant: pour éviter toute réunion, chacun a filmé sa partie dans son salon. «Même si nous les jeunes sommes moins à risque, il ne faut pas oublier qu’il y a dans notre entourage des personnes malades ou âgées qui peuvent être touchées de plein fouet», souligne Thomas Wiesel, qui avait déjà abordé le sujet sur un ton léger, qu’il nuance aujourd’hui. «Je ressens une responsabilité supplémentaire à montrer l’exemple en diffusant ce message de prévention sur les réseaux sociaux. On peut vivre sans serrer des mains.» 

Pour s'assurer que son message soit reçu par un grand nombre de jeunes, l'équipe multiplie les canaux de diffusion. En parallèle, le Grand JD, qui cumule plus de 500 000 abonnés sur Twitter, se fend ainsi d'une vidéo explicative aux côtés de Didier Pittet. Au programme: le fameux lavage de main au gel désinfectant et l'éternuement dans le creux du coude. Côté petit écran, les deux Vincent ont quant à eux décidé d'inviter le médecin sur le plateau de 120 secondes ce samedi. Quid de la Suisse alémanique où, là aussi, humoristes et youtubeurs ont la capacité de toucher un large public? «J’espère qu’il y aura un effet boule de neige dans les autres cantons», répond Didier Pittet, qui souligne que les vidéos de la campagne vont prochainement être hébergées sur le site de l’OFSP. 

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