A l’étroit entre leurs quatre murs, les Romands confinés se consolent en songeant à la saison estivale, qui les verra arpenter les terrains de leurs festivals préférés. Un projet réjouissant… qui risque de tomber à l’eau. Glastonbury, ce festival mastodonte, annonçait mercredi l’annulation de sa prochaine édition, prévue seulement fin juin.

Un signal préoccupant, accru jeudi soir par l'annonce de l'annulation du Festival de Cannes – officiellement «repoussé» de quelques semaines.

Les rendez-vous musicaux de l’été seront-ils, eux aussi, victimes de la pandémie? Doit-on déjà se préparer à remiser tentes et bottes en caoutchouc à la cave?

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La situation est épineuse. Car outre l’interdiction des rassemblements dont la durée demeure indéterminée, c’est toute l’industrie du live qui se trouve secouée. De gros poissons (The Who, Billie Eilish, Madonna, The National) ont déjà renoncé à un pan de leur tournée, certains à la demande de leurs tourneurs, les poids lourds du secteur Live Nation et AEG. Tributaires de la venue de ces têtes d’affiche, qui dépendra elle-même de la politique en vigueur dans le reste de l’Europe, les festivals suisses risquent de faire face à des annulations en cascade.

Marge de manœuvre

Céline Dion, argument phare du Paléo 2020, fait partie des artistes ayant annoncé un report de dates. Mais pas de quoi alarmer le festival, qui n’a encore reçu aucune mauvaise nouvelle. «Ces tournées sont aussi le gagne-pain des artistes. Une annulation complète semble un peu prématurée», estime Jacques Monnier, programmateur du Paléo.

Prématuré aussi, un quelconque forfait du rendez-vous nyonnais. Pour l’instant, l’habituelle conférence de presse a simplement été repoussée au 5 mai, et l’ouverture de la billetterie quelques jours plus tard. «Le coup d’envoi est dans quatre mois et demi, ce qui nous laisse un peu de temps et une chance que la situation évolue, souligne Jacques Monnier. Actuellement, tout le monde est à fond pour préparer la semaine normalement.»

Jouer la montre

Festi’neuch, qui devrait fêter son 20e anniversaire du 11 au 14 juin, joue davantage la montre. Les organisateurs se disent inquiets. Suivant de près l’évolution de la situation, ils se laissent jusqu’à début mai, avant le début du montage des installations, pour prendre une décision. «Il faudrait qu’à ce moment-là nous soyons fixés quant à une potentielle prolongation des mesures, confie Antonin Rousseau, directeur et programmateur de Festi’neuch. Le tout est de trancher au bon moment pour éviter des conséquences financières trop importantes.»

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S’il assure que le festival serait en mesure de se relever d’un coup dur, avec le soutien des partenaires et des autorités, le scénario du maintien n’est pas moins délicat: la billetterie enregistre actuellement 70 à 80% moins de ventes que les années précédentes – alors même que le festival garantit un remboursement total en cas d’annulation. «Il est évident pour nous que les gens n’ont pas la tête à ça et c’est bien normal», relève-t-il. Avant de relativiser. «Quand on regarde l’ampleur de la crise, on se dit qu’on ne fait qu’organiser des concerts, pas sauver des vies. Ça permet de prendre du recul.»

Effet domino

Le public, touché par la crise, aura-t-il l’envie et les moyens de s’offrir un billet? Au Montreux Jazz, on envisage toutes les hypothèses – et les reconfigurations. «L’an passé, avec le concert d’Elton John, on gérait deux festivals. Là, on en a dix en parallèle!» révèle son directeur Mathieu Jaton, qui a fait de «l’agilité et de la flexibilité» ses maîtres mots.

Avec l’avantage d’une durée de montage plus courte, grâce aux bâtiments préexistants, le Montreux Jazz travaille à réduire encore plus les délais pour gagner en marge de manœuvre, tout en préservant les équipes, qui comptent de nombreux temps partiels et contrats à durée déterminée. Mais les cartes sont entre de nombreuses mains. «C’est une chaîne de production qui dépend de nombreux facteurs: les avions, les hôtels, les prestataires techniques… Il y a toujours le risque de l’effet domino.»

En ces temps incertains, reste l’entraide. «Chaque festival a ses problématiques mais nous communiquons régulièrement, afin de savoir où chacun en est, conclut Mathieu Jaton. C’est un aspect positif de la crise.»