Jean-Yves Marin, directeur des Musées d’art et d’histoire, l’a déclaré en ouvrant l’exposition M Sélection au Rath: pour lui, un musée pluridisciplinaire qui ne se préoccuperait pas de l’art créé le jour même serait sans avenir. Tout en précisant que cet accueil de la collection Migros était mené d’entente avec le Mamco, musée d’art moderne, et surtout contemporain.

Outre cet accueil, le Musée d’art et d’histoire de la rue Charles-Galland présente en ce moment, dans son bâtiment principal, un travail de Denis Savary, non pas dans les salles consacrées à l’art le plus récent, mais parmi les œuvres du début du XXe siècle. Et pour cause: le jeune artiste vaudois, très inspiré par l’histoire de l’art – il a notamment créé à partir d’œuvres de Kokoschka et de Vallotton – est parti sur les traces d’un personnage fantasque du nom d’Edouard Gaillot, historien de l’art qui, à partir des années 1930, aurait vu en Camille Corot une sorte d’artiste universel dont il voyait la signature partout, d’abord chez Rodin et Daumier, puis à travers les siècles.

Manque d’accompagnement

Après avoir donné lieu à une série de performances en 2010, le projet prend ici la forme d’une installation et d’une série d’impressions offset, dont on peut voir une partie au mur du musée, et dont l’ensemble forme un livre d’artiste. Il s’agit de gros plans, en noir et blanc, des «signatures» de Corot qu’aurait trouvées, dans sa quête incroyable, Edouard Gaillot.

Denis Savary a aussi conçu des éléments en bois sculptés, comme le catalogue des sculptures attribuées au peintre français, dont on ne connaît en réalité aucune velléité dans ce domaine. Enfin, on croise aussi au musée une sorte de mannequin qui fait référence au goût de Corot pour les costumes.

Il reste que cette appropriation des espaces habituellement dédiés à Corot par Denis Savary manque singulièrement d’accompagnement pour les visiteurs. On s’y égare plutôt qu’on ne s’y enrichit. Vu que le MAH, à l’exemple du Louvre, souhaite inviter régulièrement des artistes contemporains à investir ses espaces, on ne peut que souhaiter qu’il progresse dans ses présentations.

Denis Savary, Les Mannequins de Corot, au Musée d’art et d’histoire, Genève. Ma-di 11h-18h, jusqu’au 25 août. www.ville-ge.ch/mah