Le Cabinet cantonal (vaudois) des estampes a eu l'heureuse idée de montrer conjointement l'œuvre gravé de deux vieilles dames de l'art: Louise Bourgeois et Carol Rama. Toutes deux sont âgées de plus de 80 ans et fort incisives. Et toutes deux ne se sont jamais privées d'épingler crûment certaines facettes de la vie. Réglant ses comptes à la société machiste avec laquelle elles entretiennent des rapports contrastés de fascination et de répulsion.

Les deux artistes ne se sont jamais rencontrées; mais ce n'est pas la première fois que leurs œuvres sont réunies. La galerie turinoise de Franco Masoero l'a fait au début de l'été. L'initiative du Cabinet des estampes de reconduire cette confrontation permet surtout de découvrir les travaux de Carol Rama. Hormis quelques séjours à Paris et New York, cette artiste a passé sa vie à Turin – où elle est née, en 1918. Et si Rudi Fuchs, le directeur du Stedelijk Museum, lui a consacré une grande rétrospective il y a deux ans, Carol Rama reste une artiste peu connue hors d'Italie. Quant à Louise Bourgeois, née à Paris et vivant à New York, certains de ses travaux ont encore été récemment présentés au Kunstmuseum de Berne et au Kunst-haus d'Aarau.

Pas de prouesses techniques dans leurs gravures. Leur tracé sans fioritures met très souvent en exergue des parties du corps qu'elles démembrent: les yeux, les pieds, les attributs sexuels. Autant de blasons qui trahissent l'ambiguïté des rapports humains. Quand Louise Bourgeois décrit la figure de la mère sous les traits d'une araignée, c'est qu'elle la voit dans son rôle double de protectrice et de dévoreuse. Et lorsque Carol Rama montre une prostituée sans bras ni jambes, elle s'empare d'un fait véridique mais dénonce surtout la perversité de l'asservissement.

Un duo en solo, Carol Rama & Louise Bourgeois. Musée Jenisch, av. de la Gare 2, Vevey. Tél. 021/921 34 01. Ma-di 14-17 h 30. Jusqu'au 28 janvier.