Avant d'être popularisé par l'hilarante série L'Homme qui valait trois milliards, basée sur le roman Cyborg de Martin Caidin, le «cyborg», homme ou femme aux capacités démultipliées par des machines, était une notion d'origine scientifique, apparue en 1960 dans un article sur les contraintes biologiques de l'exploration spatiale. La SF s'en empare en truffant le corps humain de mécanismes accélérant la course ou la capacité à soulever des poids, etc.

Fredrick Pohl imagine un corps d'astronaute radicalement transformé pour supporter l'atmosphère de Mars: les poumons sont remplacés par un «microsystème de génération d'oxygène», des servomoteurs sont substitués aux membres pour ne conserver que l'alimentation sanguine du cerveau, la peau est couverte d'une fine protection anti-radiations…

L'ingénierie génétique permettra aussi de changer de sexe à volonté ou de se doter d'ailes, prédit Iain Banks. Le courant cyberpunk multiplie les propositions comme les «vidéolunettes» de Bruce Sterling, des caméras vidéo reliées au nerf optique permettant la vue à distance et de nuit, ou un autre type de lunettes projetant sur les verres-miroirs l'heure courante voire, mieux: des données issues du réseau mondial (le futur Internet).

Marge Piercy va plus loin en prévoyant la possibilité de lire les données «directement sur le coin de la cornée»; d'autres prédisent une connexion au réseau de réalité virtuelle par le biais des centres nerveux, idée reprise par David Cronenberg dans le film eXistenZ. Aujourd'hui envisagés, les ordinateurs vraiment portables, intégrés aux vêtements, font déjà partie de la panoplie Star Trek. Comme le relève un enquêteur pour l'ESA, l'ironie est qu'aujourd'hui, «nous devrions tous nous considérer comme des cyborgs», puisque les technologies médicales ne cessent d'emprunter à l'informatique pour appréhender et traiter le corps humain. La science a dépassé la SF.