Son oncle, le physicien Serge Haroche, vient d’obtenir un Nobel scientifique pour des travaux de physique quantique. Raphaël, lui, publie plus modestement un nouvel album de poids, Super-Welter. Un répertoire pour lequel il a eu la chanson infuse, tant il raconte que ses titres naissent «dans l’abandon et l’improvisation plutôt que de la réflexion».

A chacun sa science. Super-welter s’avère son meilleur album à ce jour, à la fois dynamique et sonique, recélant un bel enchaînement de corps-à-corps pop rythmiques sous influence eighties. Dans un esprit «bashungien» parfois, au regard de son art des collages poétiques (lire critique ci-dessous).

Pull bleu marine chic à mailles torsadées sur jean, assis en tailleur sur le canapé en cuir d’une suite d’hôtel à Genève, le Français de 37 ans aux traits angéliques et aux yeux océan reçoit avec ce brin de nonchalance qu’il traîne depuis ses débuts à l’enseigne de Hôtel de l’univers (2000) et qui a été souvent perçue à tort pour de l’arrogance. A croire surtout que les dix chansons qui garnissent ce cinquième album bref, «35 minutes en stéréo», constituent déjà de l’histoire ancienne.

Bref, Raphaël est un taiseux qui chante. Plutôt bien: voix androgyne, à la fois plaintive et pleine de mystère brumeux dont les charmes ont régulièrement envahi les ondes dès la sortie de son deuxième album, La Réalité (2003). Grâce notamment à sa bourlingue beatnik «Sur la route» en duo avec Jean-Louis Aubert et le fervent «Ô compagnons». Avant que la scie Caravane ne fasse exploser définitivement sa cote, deux ans plus tard.

Triplement consacré aux Victoires de la musique dans la foulée d’une tournée qui s’est répétée dans la luxueuse demeure d’un banquier privé genevois, ce point de bascule de son parcours est considéré par Raphaël comme «un accident heureux. C’est une période que j’ai bien vécue alors que je n’étais pas satisfait de l’album Caravane lui-même, que je trouvais inabouti et que les radios ne voulaient d’ailleurs pas diffuser au départ. Mais la manière dont il a touché les gens, la ferveur populaire aussi autour d’une chanson comme «Et dans 150 ans», me l’a rendu agréable, me l’a fait aimer au final même.»

La boxe, deux fois par semaine

Le compagnon de l’actrice Mélanie Thierry, qui s’est également mise à la chanson récemment, n’a par contre jamais voulu reconduire cette recette éprouvée qui l’a propulsé au rang des beaux gosses chantant pour midinettes. Semblant plutôt vouloir déconstruire ce succès populaire pour rester fidèle à ses amours pop et rock, de Bowie à Manset, de Bashung au Velvet Underground. «Cela aurait été suicidaire de reconduire cette formule artistique. Le succès de Caravane m’a simplement procuré une liberté de création incroyable pour partir dans de nouvelles et différentes directions musicales. Comme avec les ambitieux Je sais que la terre est plate et Pacific 231 dont les climats sont luxuriants». Deux précédents albums où Raphaël a réuni de prestigieux musiciens de Bowie, feu Talk Talk et Fela Kuti, Salif Keita ou Elvis Costello.

Tel un contre-pied, Super-Welter prône aujourd’hui une quête d’épure. Aux yeux du natif de Boulogne qui pratique désormais la boxe deux à trois fois par semaine comme une manière de purge et dont la précédente tournée a été filmée par Jacques Audiard façon rounds d’un combat exsudant, il s’agissait de retrouver la simplicité créative sans passer par un studio sophistiqué: «On a fait le disque à deux, avec Benjamin Lebeau (The Shoes), en jouant tous les instruments et en conservant les sonorités de synthé pour les cordes, les percussions, les claviers. C’est la raison pour laquelle tout est plus resserré musicalement et sur le plan des textes. Durant nos ping-pongs artistiques d’une année, on est restés dans l’intime et l’instinctif, presque au niveau des charmes de la maquette, en gardant le plus possible l’âme originelle des chansons. On a ensuite accepté tous les accidents et j’ai fait au maximum deux prises de voix pour chaque titre.»

Au plus près de l’os

Au cœur de ce répertoire conçu donc au plus près de l’os dominent l’amour, la nuit, le temps qui file mais aussi le voyageur en chambre et le vagabond poétique. Ni références à Ronsard, Rimbaud, Maïakowski ou Cendrars, mais une écriture directe sans fioritures littéraires qui réveille juste au passage quelques héros consumés du rock’n’roll.

Un retour aux sources qui ont construit le chanteur et musicien Raphaël, qui s’est récemment égaré dans quelques expériences discrètes peu concluantes au cinéma et au théâtre: «Je suis un acteur médiocre, le pire sans doute.» Tant mieux.