Après le très léger «In Another Country» de Hong Sang-soo, c’était au tour de «L’Ivresse de l’argent» d’Im Sang-soo de défendre les couleurs de la Corée – et d’un cinéma asiatique déclinant – en compétition. Un tout autre animal, ce cinéaste-là, qui a étudié la sociologie avant de se pencher sur les maux qui rongent son pays. En 2005, l’ahurissant «The President’s Last Bang» l’imposait sur la scène internationale. Mais en découvrant son 7e opus, deux ans après le baroque «The Housemaid», on a toujours quelques doutes à son sujet. Et ce malgré une virtuosité évidente.

Il faut dire qu’à la suite de «Cosmopolis» de David Cronenberg, un autre regard sur la vie des hyper riches risquait surtout de paraître redondant. Au moins, Im Sang-soo choisit un autre angle d’attaque, en racontant la corruption d’un jeune homme entré au service d’une des familles les plus fortunées de Corée. Young-jak est très beau, ambitieux et, dès le premier plan (une visite à la «réserve») fasciné par leur argent. Le plan suivant sur Séoul de nuit est lui aussi à tomber et, allié aux premières répliques («Tout le monde s’en met dans la poche», «L’argent propre? Cela n’existe pas»), annonce un film qui ne manque pas d’audace.

Le mépris des puissants

L’essentiel de l’action se cantonne ensuite dans la luxueuse demeure familiale pour un nouveau petit théâtre de la désagrégation familiale, dans la droite lignée de «The Housemaid». Le fils brasse des affaires douteuses avec un associé américain, son père fricote avec la servante philippine, la patronne se venge en séduisant le jeune homme, lequel plaît également à leur fille, restée miraculeusement authentique. Dans ses notes d’intention, le cinéaste évoque Shakespeare et Balzac, mais ceux-ci ont-ils jamais oeuvré avec une ironie aussi complaisante?

Luxe et sexe, tout est étalé avec un telle jubilation de mise en scène que lorsque survient le retournement «moral» du scénario (Monsieur annonce qu’il veut quitter sa famille, considérant qu’il a raté sa vie; forcé de choisir, Young-jak reconnaît la supériorité de l’amour), on a quelque peine à y croire. A la fin, une image surprenante annonce une contamination des Philippines par cet argent maudit. Difficile pourtant d’y voir plus qu’un gag macabre. Au fond, seule la thèse du mépris, qui finit par envahir insidieusement ceux qui ont trop d’argent, résonne avec une certaine force.

Au passage, on aura noté que jusqu’en Corée, Genève est associée à une plaque tournante de cet argent-roi échappant aux impôts et destructeur d’emplois. L’auteur, lui, assure que jusqu’aux clichés, tout dans son film est vrai, et qu’en le réalisant, il s’est fait beaucoup d’ennemis chez les puissants et autres corrompus. C’est bien possible, après tout. Mais si cela pouvait présent l’amener à vers un cinéma lui-même plus humble et authentique, on serait ravis!