Le dessinateur suisse Cosey a reçu mercredi le grand prix de la Ville d'Angoulême, un des plus prestigieux prix de bande dessinée, à la veille de l'ouverture du Festival international de la BD dans cette ville de l'ouest de la France. Il est notamment l'auteur de la série «Jonathan».

De son vrai nom Bernard Cosendai, Cosey était en lice face à deux autres géants de la BD: le Français Manu Larcenet et l'Américain Chris Ware. Pour la direction du festival, ce choix consacre «un auteur dont l'univers onirique, tourné notamment vers les pérégrinations et les cimes enneigées, a déjà réuni, depuis plus de quarante ans, des lecteurs d'une indéfectible fidélité».

«Jonathan», grande saga depuis 1975

Né en 1950 à Lausanne, Cosey rencontre Derib en 1969 et va très vite se révéler comme un grand talent du 9e Art. Il est d'abord le père de "Jonathan" (ed. Le Lombard), héros d'une formidable saga apparue pour la première fois dans le Journal Tintin en 1975.

Dessinateur globe-trotter, amoureux de l'Asie, Cosey a prêté beaucoup de sa personnalité à son personnage fétiche. Chacun des 16 épisodes (à ce jour) de la série, qui se passe dans l'Himalaya, peut se lire comme une fiction autobiographique. Il avait déjà été primé – meilleur album de l'année – à Angoulême, en 1982, pour «Kate», le 7e tome de «Jonathan».

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Des atmosphères mélancoliques

On lui doit aussi deux tomes d'«A la recherche de Peter Pan» (Le Lombard) où éclate son talent pour la représentation graphique du vide.

Le dessinateur a également publié chez Dupuis plusieurs albums: «Voyage en Italie», «Saïgon-Hanoï», deux histoires sur des vétérans de la guerre du Vietnam, ou encore «Zeke raconte des histoires» qui a l'Asie (en l'occurrence la Birmanie) pour cadre. Grâce à son trait délicat, il y crée des atmosphères baignées de mélancolie.

Cosey a par ailleurs signé l'an dernier «Une mystérieuse mélodie», un superbe et étonnant Mickey dans une collection originale lancée par Glénat où des auteurs de la BD franco-belge revisitent l'univers du héros de Disney. Dans cet album au charme désuet des premiers albums de Mickey, il raconte la rencontre de Mickey et Minnie.

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Un festival né en 1973

Le grand prix de la Ville d'Angoulême récompense un auteur pour l'ensemble de son œuvre et sa contribution à l'évolution de la bande dessinée. Le lauréat est choisi par un vote électronique de la communauté des auteurs professionnels de bande dessinée.

L'an dernier, c'est le Belge Hermann qui avait reçu le grand prix d'Angoulême. Considéré comme l'un des plus grands dessinateurs réalistes de la bande dessinée franco-belge, Hermann Huppen, 77 ans, a su aborder une multitude de genres, allant du western («Comanche»), au récit d'anticipation («Jeremiah»), en passant par la saga médiévale («Les Tours de Bois-Maury») ou le fantastique («Abominable»).

Depuis sa création en 1973 et avec une fréquentation moyenne de 200 000 personnes chaque année, Angoulême est le premier festival consacré à la bande dessinée en Europe. Son jury remet chaque année un «Fauve d'or» au meilleur album de BD de l'année, lequel sera décerné samedi soir.