Il a les mots du chaman André Manoukian. Il y a trois ans, le pianiste, que le grand public a appris à connaître en juré de télé-crochet, créait un festival haut perché, entre les cimes et les lacs qui dominent Chamonix. De son Cosmo Jazz il en parle aujourd’hui avec un sens distingué de la formule, campé quelque part entre le spirituel et le philosophique: «Il y a des lois vibratoires profondes qui régissent chaque concert du festival.»

Mystique de la montagne

Le Cosmo Jazz se déploie donc pour la troisième fois, dès aujourd’hui. C’est une échappatoire rêvée, une trêve bienvenue pour un personnage qui a décidé il y a quelques années de partager son temps entre l’audiovisuel parisien et l’élévation montagnarde qu’offre la station haut-savoyarde. Mais c’est surtout une occasion, pour tout mélomane un brin aventurier, de côtoyer et consommer des musiques stimulantes dans un biotope désarçonnant. Le rendez-vous affiche d’ailleurs cette ambition claire: unir par le dialogue les paysages minéraux des Alpes et l’art des musiciens invités. Célébrer donc ce que Manoukian désigne comme «la mystique de la montagne». Le jour, il faudra donc emprunter les cabines, s’élever parfois au-dessus de 3000 mètres et suivre le courant musical. Le soir, une autre histoire, faite de concerts apéro et de jams, s’écrit en contrebas. Le festival se dilate alors et s’empare du tissu urbain de Chamonix.

L’affiche gourmande offre d’entrée une escapade revigorante en compagnie de Piers Faccini. Musicien nomade inspiré par l’ailleurs, par l’Orient, par le folklore du sud de l’Europe et des Balkans, l’Italo-Anglais accompagne avec sa guitare une excursion depuis le plateau de Lognan jusqu’à son refuge. Quarante minutes d’ascension et un concert sans doute éloigné des canons du jazz, mais qui en partage pourtant l’esprit: «Comme d’autres invités, Piers Faccini a une attitude libre et libérée face à la musique. Pour moi, le jazz c’est cela, une manière d’afficher le discours plus qu’un genre.» André Manoukian enchaîne avec un autre coup de cœur, programmé jeudi. Au bord du lac Bleu, la voix de sifflet de Battista Acquaviva, ses micro-sons sensibles croisent les cordes orientales du kamantché de Gaguik Mouradian. La Chine et la Corse réunies dans un dialogue murmuré.

D’autres rencontres à ne pas manquer? Celle du voltigeur Magic Malik à la flûte traversière et du grand explorateur de sons Vincent Ségal au violoncelle. Ou encore celle d’Imperial Tiger Orchestra, venu célébrer le groove éthiopien avec la diva Hamelmal Habate. Réunions de langages aux sommets, donc. Le Cosmo Jazz dessine des carrefours généreux, défaits de la peur du vertige.

Cosmo Jazz Festival. Chamonix, jusqu’au 29 juillet. Rens. www.cosmojazzfestival.com