Combien vaut un tableau de Balthus sur le marché de l'art aujourd'hui? Depuis peu, les experts sont renseignés: la cote du peintre monte, pas aussi spectaculairement que ce qui était attendu après son décès en 2001, mais le meilleur est peut-être à venir. Jamais, depuis la disparition de Balthazar Klossowski de Rola, on n'avait assisté à une enchère aussi importante de l'une de ses peintures. La vente s'est déroulée récemment dans les salons de Christie's à Londres, entre un Picasso et un Bonnard.

Première cotation sur le marché

Le tableau était un délicat et mélancolique Portrait de Rosabianca Skira, l'épouse de l'éditeur Albert Skira, réalisé en 1949. Mis en vente par les enfants du couple Skira, il a obtenu un bon prix: 450 000 livres sterling (1 034 000 francs suisses), soit 50 000 livres de plus que l'estimation maximale. Un résultat remarquable dû à la qualité du tableau, mais aussi à son sujet, comme l'explique l'historien d'art Sébastien Grobet: «Rosabianca Skira était une femme assez timide, influente dans les milieux de l'art. Balthus, qui connaissait Rosabianca, a su capter son expression étrange et l'acquéreur du tableau, un privé, a dû être sensible à cette connivence.»

Jusqu'ici, la cote de Balthus n'était pas établie sur le marché. De son vivant, le peintre pratiquait ses propres prix et ses collectionneurs acceptaient de lui acheter des œuvres à des prix élevés. Depuis sa mort, il n'y a pas eu de grandes ventes officielles, mis à part un dessin cédé chez Christie's à Paris en octobre dernier pour 290000 euros (455000 francs suisses), ce qui constituait un record. Balthus peignait lentement, ses œuvres sont peu nombreuses et ses collectionneurs ne s'en séparent que rarement.

Une vente discrète à 10 millions de dollars

Selon Sébastien Grobet, les différentes activités de la Fondation Balthus ont certainement contribué à élever la cote du peintre. Mais si Rosabianca

Skira a suscité autant de convoitises à Londres, c'est peut-être parce que les amateurs de Balthus ont eu l'appétit aiguisé par la rumeur d'une vente bien étrange, conclue par-delà l'Atlantique l'an dernier: Le Rêve II, un tableau de 1956-1957 ayant appartenu à l'écrivain et collectionneur français Maurice Rheims jusqu'à la mort de ce dernier en mars dernier, aurait été vendu à un collectionneur américain pour le prix dément de 12 millions de dollars. Cette vente, rapportée par le New York Times du 19 décembre dernier, aurait été négociée par trois marchands d'art établis à Paris et à New York. «Cette vente a bel et bien eu lieu, confirme Sébastien Grobet. Mais on parle d'un prix un peu moins élevé, aux environs de 10 millions de dollars.»