Alors que le cinéma hollywoodien a trouvé un nouveau souffle avec ses films de superhéros tirés de bandes dessinées, une certaine tendance du cinéma français s'interroge: et pourquoi pas dépoussiérer nos propres héros populaires? Après Vidocq et Rouletabille, c'est ainsi le tour d'Arsène Lupin de revenir sur les écrans – car bien sûr, ce n'est plus leur premier tour de piste. Ainsi le jeune Romain Duris endosse-t-il les habits du fameux gentleman cambrioleur déjà portés par une bonne douzaine d'acteurs avant lui (Jules Berry dans les années 1930 et Georges Descrières dans les années 1970 à la TV étant les plus célèbres).

Ce film, qui se voudrait sans doute le premier d'une longue et profitable «franchise», est pour l'essentiel inspiré de La Comtesse de Cagliostro (1924), sans doute pour la coloration légèrement

fantastique de cet épisode. Entrecroisé avec des éléments de la jeunesse du héros, cela donne un triple fil narratif dans lequel Lupin se lance sur la piste du trésor des rois de France, que convoite une obscure confrérie royaliste, se laisse ensorceler par la vénéneuse comtesse au point d'ignorer sa belle cousine Clarisse, et, surtout, recherche l'assassin de son père.

Mais qui trop embrasse mal étreint. Encombré de tout le bazar (ambiance «d'époque» surchargée, grande musique symphonique, surenchère dans l'action, etc.) désormais synonyme d'un cinéma français «à l'américaine», le film s'écrase tel un ballon trop lesté. Répétant toutes les erreurs de son indigeste Belphégor avec Sophie Marceau (2001), Jean-Paul Salomé égalise et banalise tout par sa mise en

scène voyante mais jamais inspirée. Tout le contraire de la brillante relecture de Gaston Leroux par Bruno Podalydès (Le Mystère de la chambre jaune), ce massacre de l'œuvre de Maurice Leblanc fait surtout espérer qu'il ne connaîtra pas de suite.

Arsène Lupin, de Jean-Paul Salomé (France 2004), avec Romain Duris, Kristin Scott Thomas, Pascal Greggory, Eva Green, Robin Renucci, Mathieu Carrière, Philippe Lemaire.