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Exposition

La cote d’amour des peintres français

Le choix opéré dans la collection de peinture française du Musée Pouchkine, exposé à la Fondation Gianadda à Martigny, illustre le goût avisé de collectionneurs épris des artistes de l’avant-garde. De l’école de Barbizon et de l’impressionnisme jusqu’au cubisme, les tendances sont représentées de manière équilibrée

Rien de plus classique qu’une exposition de chefs-d’œuvre de l’art ancien ou de l’art moderne, baptisée selon les noms des maîtres conviés à la fête. De Courbet à Picasso, à voir à la Fondation Gianadda, marque ainsi les points de départ et d’arrivée de la période concernée, tandis que la mention du Musée Pouchkine indique de manière claire la provenance unique des tableaux. Provenance unique, oui, mais pas si l’on remonte plus haut que la naissance de l’institution, jusqu’aux mécènes qui ont valu à leur pays de posséder des pièces majeures du puzzle de la modernité picturale.

Le plus célèbre est resté Chtchoukine, particulièrement féru de Matisse et de Picasso. Plus discret, Morozov l’a suivi dans cette aventure, décriée alors par la bonne société russe. Avant eux, parmi ces collectionneurs moscovites de la peinture occidentale, il y avait eu Sergueï Tretiakov, dont la collection, à l’instar des œuvres russes acquises par son frère Pavel, a d’abord enrichi le fonds de la Galerie Tretiakov. On lui doit la présence, dans le nouveau département d’art des pays d’Europe et d’Amérique des XIXe et XXe siècles du Musée Pouchkine, des œuvres de ­Corot et des peintres de l’école de Barbizon.

Sergueï Ivanovitch Chtchoukine et Ivan Abramovitch Morozov, tous deux des magnats du textile, se sont rendus à Paris pour y rencontrer les peintres. Considérés comme des excentriques, ils ont payé des sommes conséquentes pour avoir le droit de choisir, avec un goût qui s’est révélé très sûr, les œuvres qu’ils désiraient avoir chez eux, sans ménager aux peintres qu’ils aimaient leurs éloges, parfois leurs critiques. C’est Chtchoukine qui a commandé à Matisse La Danse et La Musique, panneaux décoratifs dans un style novateur, œuvres à part dans le parcours même du peintre.

«Je trouve votre panneau La Danse d’une telle noblesse que j’ai pris la résolution de braver notre opinion bourgeoise et de mettre sur mon escalier un sujet avec LE NU, écrivait Sergueï Chtchoukine en 1909. En même temps, il me faudra un deuxième panneau, dont le sujet serait très bien la Musique.» Tableau dans le tableau, La Danse figure dans Capucines, toile au sein de laquelle l’artiste place au même niveau des éléments «réels», les fleurs, une chaise, un trépied, et l’une de ses propres compositions, tout comme il a inclus dans nombre de ses peintures des motifs textiles ou géométriques. Cette peinture en rose et bleu, visible à Martigny, condense un aperçu de l’atelier, un manifeste artistique et une nature morte stylisée.

Conçue par Irina Antonova, directrice du Musée Pouchkine, l’exposition de la Fondation Gianadda propose un panorama équilibré des tendances modernes, depuis les mélancolies de Corot jusqu’aux visages divers de Picasso. L’histoire du Musée Pouchkine, qui a accueilli une partie des collections de Chtchoukine et de Morozov, dépossédés de leurs acquisitions après la Révolution russe et émigrés en France, est singulière. Fondé en 1912 par le grand-père de la poétesse Marina Tsvetaïeva, ainsi qu’elle l’a relaté dans des textes autobiographiques, il a été rebaptisé en 1937 du nom d’un poète antérieur…

De Courbet à Picasso . Musée Pouchkine Moscou. Fondation Pierre Gianadda, Martigny. Tél. 027/722 39 78. Tous les jours 9-19h.Jusqu’au 22 novembre.

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