Voyage

La Côte d’Emeraude, bijou sarde

Chaque été, la province d’Olbia et de Tempio accueille les plus grosses fortunes du monde. De la dolce vita de Porto Cervo aux criques sauvages, la culture sarde se dévoile en vespa, cheveux au vent

Dans un calme olympien, le ballet des voiliers et yacht fait face à la marina de Porto Cervo, au nord de l’île italienne. Des tonalités turquoise se mêlent au vert émeraude d’une eau cristalline. Parmi les habitués de ce paisible joyau, des footballeurs, des oligarques, des politiciens, à l’instar d’un Poutine ou d’un Berlusconi, le propriétaire mégalo de la Villa Certosa, où se sont tenues les soirées «Bunga Bunga». Des stars du cinéma optent aussi pour l’ambiance farniente de ce hameau chic de la côte sarde.

En 1962, Karim Aga Khan Ismaili découvre ce paradis. Subjugué par la beauté sauvage des lieux, le prince s’associe avec le magnat de la bière Patrick Guinness et le propriétaire de San Pellegrino pour créer, sur un périmètre de 55 kilomètres, une zone de villégiature destinée à accueillir la jet-set internationale. Au fil des décennies, les villas XXL se revendront, spéculation immobilière oblige, avec des zéros en plus, tandis que de luxueux 5 étoiles ne cessent d’inaugurer tantôt un nouveau spa ou un restaurant d’exception. En somme, dans le calendrier des mondanités, après l’hiver à St Barth, le festival de Cannes en mai, le gotha débarque en Sardaigne pour les White Parties orchestrées sur des voiliers.

«Le prince Aga Khan a carrément fait décoller le tourisme. Avant lui, les chèvres des bergers broutaient sur les collines et les habitants vivaient de l’agriculture»

Jet-set et jet privé

Les marques de luxe ont toutes pignon sur rue à Porto Cervo afin de satisfaire un lèche-vitrines compulsif. Il suffit de longer la promenade qui traverse le décor d’un charmant village de pêcheurs au look de Disneyland – avec cette architecture artificiellement vernaculaire – pour découvrir la succession des enseignes: Gucci, Valentino, Miu Miu, Prada ou encore Bulgari. Ici, on trouvera des stilettos, des vestes en vison mais plus difficilement une bouteille d’eau à l’emporter. Des galeries d’art contemporain côtoient les agences immobilières haut de gamme. Le Monte di Mola Museum (MDM), ouvert seulement en été, propose toutefois une échappée culturelle.

Au programme: du Pop Art et du Street art, avec actuellement des artistes issus de la rue de Guadalajara au Mexique. «Nous possédons aussi deux Francis Bacon et un Picasso, il faut bien se défendre!» lâche fièrement la directrice Rosy Fuga De Rosa. «Le prince Aga Khan a carrément fait décoller le tourisme. Avant lui, les chèvres des bergers broutaient sur les collines et les habitants vivaient de l’agriculture», commente une responsable de l’office du tourisme d’Olbia, l’un des chefs-lieu de la province.

Durant les festivités estivales qui démarrent à partir de juin, la clientèle milliardaire atterrit en jet privé malgré les 58 destinations que l’aéroport d’Olbia dessert dans le monde. «La semaine passée, il y en avait 5 sur le tarmac, aujourd’hui, j’en ai compté 35», rajoute-t-elle amusée. Ces derniers rejoignent massivement le littoral romantique de la Costa Smeralda, la côte d’Emeraude: «tant mieux! Ils nous laissent l’archipel de La Maddalena.» Les rochers en granit de sa soixantaine d’îlots forment le décor d’un panorama pittoresque et les fonds marins attirent les férus de plongée. La Maddalena et le village de Stagnali sur Caprera mis à part, les autres îles, souvent minuscules, sont restées inhabitées ce qui préserve le paysage du temps qui passe.

Les cinéphiles s’attarderont sur la Spiaggia Rosa. La teinte rougeâtre a séduit Michelangelo Antonioni qui la filme dans «Red Desert», son premier opus en couleur. Sur la terrasse du Café du Port de Porto Cervo, Giovanni Soldini s’apprête à goûter ses spaghettis à la poutargue, spécialité de la région à base de poche d’œufs de mulet, salée et séchée. Le navigateur italien enchaîne les records du monde et navigue depuis juin à bord d’un trimaran dévoilé à Monaco.

Le Multi 70, sponsorisé par Maserati et Zegna, atteint des vitesses affolantes. Pour lui, «grâce à un vent unique, la Sardaigne reste un paradis pour les passionnés de voile avec ses nombreuses régates.» En juillet, la star des mers a d’ailleurs jeté l’ancre dans la baie. Des clients privés pourront ainsi jouir d’une montée d’adrénaline à bord du trimaran.

Petites motos et vermentino

A 30 kilomètres de là, Olbia dévoile son histoire et sa culture. Passée entre les mains des Grecs, des Phéniciens puis des Romains, la ville portuaire a su, à chaque fois, renforcer son commerce. Nombreux sont les vacanciers qui décident d’y loger. Pour un euro, le bus 4 les transporte sur les plages avoisinantes comme Pittulongu, la plus appréciée. Le territoire côtier d’Olbia s’étend sur une centaine de kilomètres. Entre plages, falaises et grottes, les alentours regorgent de sites archéologiques datant parfois de 2000 ans avant J.-C.

L’occasion de se perdre en vespa dans la campagne méditerranéenne avant de se retrouver à l’heure de l’apéro, sur une terrasse près de l’église San Paolo, au dôme coloré. Un verre de vermentino, le vin blanc local, côtoie le fromage pecorino, puis on se laisse séduire par la Zuppa Gallurese, la version sarde de la lasagne, à base de pain trempé dans du bouillon, recouvert de fromage qu’on laisse fondre au four.

On s’arrêtera forcément à Porto Rotondo, l’une des stations les plus culturelles et populaires qui se défend pas mal côté vie sociale avec ses boîtes de nuit. Et si Naomi Campbell adore le Billionnaire, une boîte de nuit fondée par Flavio Briatore à Porto Cervo, la meilleure adresse pour profiter d’une coupe de Ferrari, ce spumante italien, lors du coucher du soleil reste le Phi, un bar construit en plein air sur des rochers. On se love dans les sofas face au ciel soudain étoilé.


Y aller: Darwin Airlines et Easyjet propose des vols quotidiens pour Olbia durant tout l’été au départ de Genève. Compter 1h35 de trajet.

Y lézarder: Maserati décline, durant tout l’été, son élégance à l’italienne en devenant partenaire des bars, hôtels et restaurants les plus branchés du Nord de la Sardaigne. Le Phi Beach, situé au pied de la forteresse napoléonienne de Forte Cappellini propose la journée une plage lounge qui se transforme dès la nuit tombée en bar et restaurant haut de gamme. www.phibeach.com

Y dormir: L’hôtel la Locanda del Conte Mameli. Ce petit hôtel de charme d’Olbia est adoré des touristes, l’occasion de découvrir l’hospitalité sarde dans un cadre historique et cosy. Attention, le peu de chambres demande une réservation longtemps à l’avance. www.lalocandadelcontemameli.com

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