James Bond peut bien briller par son absence, au bout du Léman, on ne l’attend pas pour investir les écrans: début novembre, les salles obscures accueilleront, comme prévu, la 26e édition du Geneva International Film Festival.

En pleine tempête covid, l’équipe avait pourtant hésité: fallait-il annuler le GIFF, ou du moins le digitaliser comme d’autres avant lui? «Pour la première fois depuis huit ans, nous nous sommes demandé ce qu’était la mission, la fonction première du festival», raconte son directeur artistique, Emmanuel Cuénod. La conclusion est sans appel: «Il est intimement lié à l’expérience de la salle, à l’être ensemble.»

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Cinéma invisible

Pour permettre des projections en présentiel, un plan sanitaire strict (jauges réduites, masque porté en tout temps) a donc été élaboré – opportun à l’heure où les mesures se durcissent à Genève. Surtout, cette remise en question a permis au GIFF, outre la projection de 132 films, séries et créations numériques, de «faire des pas de côté. C’était l’occasion ou jamais de nous repenser, de conquérir de nouveaux terrains de jeu», confirme Emmanuel Cuénod.

A commencer par une création tout à fait étonnante: It’s alive: a journey into invisible cinema, au mythique Plaza, verra Stephan Eicher sortir des tiroirs des scénarios de films qui ne se sont jamais faits. Une façon de rendre un hommage (remuant) à ceux qui se battent pour faire du cinéma.

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Autre première pour le GIFF, une exposition collective et gratuite mettra le secteur du numérique et ses jeunes talents en lumière. Our Digital Selves rassemblera, dans la Maison communale de Plainpalais, huit œuvres interactives de créateurs et créatrices suisses ayant participé au programme professionnel du festival, le Geneva Digital Market.

Du film au clip

Le GIFF n’en délaisse pas pour autant ses incontournables, des compétitions (riches, tranchant avec la morosité actuelle des exploitants) aux invités prestigieux comme l’acteur danois Mads Mikkelsen (à qui il décernera le Prix Geneva Award et consacrera une rétrospective) ou la Française Sara Forestier. Une catégorie spéciale sera dédiée aux séries scandinaves, revenues en force cette année.

Mais le festival célébrera aussi une figure plus atypique: Woodkid, chanteur connu pour sa pop épique et ses clips réalisés pour les plus grandes stars. «Il a commencé comme animateur et illustrateur, en réalisant une série d’esquisses pour Marie Antoinette, de Sofia Coppola, rappelle Emmanuel Cuénod. Une manière d’interroger l’interpénétration de la musique et de l’image chez quelqu’un qui les fait cohabiter pour générer de nouvelles formes.»

Cette édition, sous le signe de l’exploration, est aussi la dernière d’Emmanuel Cuénod, remplacé dès le 1er janvier par Anaïs Emery, l’ancienne directrice artistique du NIFFF (Neuchâtel International Fantastic Film Festival). Il se dit satisfait: «Il était exclu que j’arrive avec un résultat au rabais. J’ai le sentiment d’avoir fait non pas une programmation covid, mais celle que je devais faire.»

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Geneva International Film Festival, du 6 au 16 novembre. Divers lieux de Genève. Billetterie exclusivement en ligne.