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Plein soleil (3)

«Le coucher de soleil est une vision kantienne de la beauté»

Cette semaine, des œuvres solaires enfièvrent les journalistes du «Temps». Mazaccio et Drowilal, un duo d’artistes français, ont conçu une série de chiens admirant des couchers de soleil

«Une vision kantienne de la beauté»

Cette semaine, des œuvres solaires enfièvrent les journalistes du «Temps»

Mazaccio et Drowilal, un duo d’artistes français, ont conçu une stupéfiante série de chiens admirant des couchers de soleil

La série s’intitule Le meilleur ami du chien, les images «She’s out of my life», «Everything reminds me of her» ou «The way you make me feel». Un programme en soi. Elles représentent des cabots scrutant des couchers de soleil. Conçue en 2013 dans le cadre de la résidence BMW au Musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône par Mazaccio et Drowilal, l’œuvre a fait sensation aux Rencontres d’Arles l’été passé, à Paris Photo ou encore à Los Angeles. Le duo est coutumier des projets à la fois drôles et réflexifs. Citons un reportage sur l’index de la photographe accomplissant des gestes aussi anodins qu’appuyer sur une chasse d’eau ou sur la gâchette d’un lave-vitre; démystification du statut d’artiste et de son membre exécutant. Des portraits de nudistes insérés dans les décors de feuilles de papier ménage. Ou encore des stars collées en masse sur la même plage. Des projets généralement plus profonds qu’il n’y paraît. Interview de Robert Drowilal, complice d’Elise Mazac.

Le Temps: Comment est née cette idée de série?

Robert Drowilal : Nous voulions évoquer le rapport de l’homme à l’animal domestique. Parce que de plus en plus de gens vivent seuls, les animaux de compagnie gagnent en importance. En même temps, il y a eu tout ce phénomène des lolcats et des images d’animaux échangées sur le Web. Nous avons eu envie d’une œuvre en écho. Le point de départ a été une image amateur trouvée sur Internet: elle montre un chien regardant partir un bateau avec un mouvement de nuque super-émouvant. C’est une photo pourrie mais très efficace. Quant au coucher de soleil, il s’agit d’une vision kantienne de la beauté, une beauté universelle censée émouvoir tout le monde, en Inde, en France ou aux Etats-Unis. Associer cela à une image de chien pousse forcément à humaniser l’animal et à regarder par-dessus son épaule.

– Le message est donc qu’un chien, pas plus qu’un Indien ou un Français, n’est censé s’émouvoir devant un coucher de soleil?

– Nous n’en savons rien et nous ne sommes pas là non plus pour juger ceux qui se réconfortent auprès de leur animal de compagnie. Cette série permet seulement de réfléchir à la construction de la beauté et à la notion du sublime. S’émouvoir devant un coucher de soleil tient à des codes culturels. Notre coucher de soleil est une représentation; je ne parle pas de vivre l’expérience en direct. La peinture allemande du XIXe nous a beaucoup guidés dans ce travail: nous avions notamment en tête Le voyageur contemplant une mer de nuages, de Casper Friedrich, et voulions tourner en dérision ce genre de scène.

– Concrètement, comment avez-vous travaillé?

– Une toiletteuse de Chalon-sur-Saône, qui possède une dizaine de chiens, les a amenés en studio, où nous les avons photographiés sur fond bleu – c’est le procédé utilisé pour les cartes météo. Nous avons ensuite inséré ces portraits sur des images de couchers de soleil provenant de la collection du Musée Niépce. Le musée a racheté une banque d’images en faillite, qui fournissait des visuels pour calendriers (ports, sous-bois, couchers de soleil, etc.). Nous aurions voulu, au départ, photographier ces scènes en vrai mais il n’y a pas de mer à Chalon, ni vraiment de couchers de soleil – il pleut beaucoup! Cela dit, la confrontation entre l’infini de l’horizon et l’effet plat du poster nous a intéressés.

– Ce travail aux divers degrés de lecture a déjà pas mal voyagé. Est-il reçu différemment selon les régions?

– La série a rencontré un énorme succès aux Etats-Unis. Les Français sont très accrochés à l’idée de kitsch, de mauvais goût mais les Américains y voient juste des images qui font plaisir. Cette question du bon ou mauvais goût nous est beaucoup posée, mais ce n’est pas le sujet de notre travail.

– Quel est votre projet actuellement?

– La nature morte. Nous essayons de revisiter le genre à la lumière des interfaces numériques. Par exemple: comment l’insigne bat­terie faible sur un téléphone portable peut-il être perçu comme une vanité.

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