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Les couleurs illimitées de l’exil, selon Loo Hui Phang 

Connue comme scénariste de BD, Loo Hui Phang signe un premier roman entre la France et le Laos, entre poids du passé et recherche de liberté

Pour son frère, elle est une «Vietnamienne incomplète», pour sa famille, sans doute, «une petite salope sortie du rang», pour elle-même, «une imprudente», «une égoïste» qui a une «foi insolente en toute chose, un abandon aveugle à toute forme de désir». La narratrice avait 1 an et son frère 11 lorsque leurs parents ont quitté le Laos et se sont exilés en France, à Cherbourg en Normandie. Elle a désormais 23 ans et habite seule à Paris. Photographe, elle voit de la liberté partout où elle peut et de la sensualité partout où elle veut, en chaque homme qu’elle observe, sent, provoque et invite.

Une vie inventée

L’intensité de la vie, l’urgence de ses projets, ses rêves, ses désirs sont ses boussoles existentielles sur les chemins de l’émancipation. La France a supplanté le Laos et le Vietnam, pays d’origine de sa grand-mère. Et si la petite sœur a adopté «une vie libre et plurielle, une vie française», son frère, 33 ans, habitant encore chez ses parents à Cherbourg, ne s’est jamais remis de son exil. Lui, cette «vie inventée», il n’en a pas voulu. «Parce que j’aurais été incapable de la vivre», dit-il. Lorsque survient le décès de la grand-mère, au Laos, mère, frère et sœur prennent l’avion pour Savannakhet, cette ville où ils sont nés et où cette grand-mère avait débarqué à 12 ans, elle-même exilée depuis le Vietnam. Le frère retrouve ses racines et semble revivre. La sœur se sent une étrangère et semble perdre son indépendance acquise en France.