Classique

Couleurs ravéliennes à l’OSR

Le chef anglais a dirigé avec éclat la grande fresque orchestrale «Daphnis et Chloé» mercredi soir à Genève. Il en a su en traduire la sensualité et la magie sonore

Il est rare de pouvoir entendre le ballet Daphnis et Chloé dans son intégralité en concert – un prodige d’orchestration au raffinement inouï. Ovation méritée pour Jonathan Nott et l’Orchestre de la Suisse romande mercredi soir au Victoria Hall de Genève. Le chef britannique a su traduire la sensualité de Ravel, tout comme les éclats orchestraux. Il y avait là tout un kaléidoscope de couleurs, des sonorités tour à tour chatoyantes et scintillantes, âpres et éruptives.

Dialogue fluide

Du coup, on mesure le chemin parcouru depuis que Jonathan Nott est devenu le directeur musical de l’OSR. En janvier 2016, il semblait encore marcher sur des œufs en dirigeant la Rapsodie espagnole de Ravel et Iberia de Debussy. Entre-temps, il a pu se familiariser avec ses musiciens – et eux avec leur nouveau chef permanent – de sorte que le dialogue est beaucoup plus fluide.

La plus grande difficulté dans Daphnis et Chloé, c’est d’en donner une vision cohérente au-delà de son découpage en différents tableaux. Le chef anglais s’appuie sur un instrument aux couleurs latines – l’OSR – qui a beaucoup joué Ravel. Les solos aux instruments à vent sont superbes, à commencer par la flûte de Sarah Rumer. Les cordes sont aussi remarquables, sans ces flottements qui ont entaché plus d’une fois les interprétations de l’OSR.

Enchantement

Bien sûr, on pourrait rêver d’un peu plus de magie encore dans le «Lever du jour», avec des pianissimi plus impalpables, mais le raffinement sonore de la partition, ses couleurs sans cesse changeantes, les interventions du chœur qui chante à bouche fermée (excellent Chœur du Grand Théâtre préparé par Alan Woodbridge) sont un enchantement. Du reste, la gestuelle de Jonathan Nott est très fluide, cherchant à éveiller la sensualité de ce grand ballet «à l’antique».

Une réussite, donc, qui couronnait cette soirée Ravel. Après une entrée en matière très brève (la pièce Frontispice de Ravel orchestrée par Boulez, à peine une minute trente de musique!), le pianiste Alexandre Tharaud s’emparait du Concerto pour la main gauche. Malgré son physique très svelte, il attaque avec une certaine vigueur la partie solistique. Certes, le toucher est parfois un peu heurté, il savonne quelques traits à force de vouloir animer le mouvement, mais il saisit l’esprit de l’œuvre. Il en traduit le côté rythmique. Il forge un beau dialogue avec l’orchestre, même s’il a été couvert plusieurs fois dans les tutti. Seul bémol: on aurait aimé un peu plus de nostalgie dans la partie élégiaque finale. Très applaudi, il a joué en bis le Prélude opus 9 No 1 pour la main gauche de Scriabine.

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