Jury

Les coulisses de Cannes

Ame du Festival de Cannes depuis trente ans, Gilles Jacob vient de publier un délicieux recueil de mémoires: «La vie passera comme un rêve». Il y révèle les tourments de certains présidents du jury au moment de désigner la Palme d’or.

Comme chaque année depuis plusieurs décennies, Gilles Jacob sera, du 13 au 24 mai, perché en haut des escaliers du Palais des Festivals avec ce visage et ces yeux d’enfant. Comme chaque année, l’ancien délégué général du Festival de Cannes, devenu son président, servira, avant chaque projection, de phare qui empêchera les invités d’être saisis, entre deux marches, par la peur du vide et de la gloire. Sa poignée de main, ses révérences, ses baisers leur signaleront le bout du chemin.

Depuis son arrivée au festival en 1976, tout le cinéma, la crème surtout, lui a tendu la main. Toutes les bouches les plus fantasmées lui ont frôlé les joues. Et lui, grand timide, n’en montrait rien sinon son sourire malicieux et le sang qui lui montait jusqu’au sommet du crâne.

Et voilà qu’avec la même élégance il livre aujourd’hui un peu de ses souvenirs; 380 trop courtes pages, une dizaine par édition. Il y aurait presque de quoi lui en vouloir d’user de l’espace pour, de surcroît, raconter un peu sa vie d’avant: ses origines juives; l’Occupation; ses copains d’adolescence nommés Claude Chabrol et François Truffaut; son activité comme critique dès 1964, dont il a conservé un style vivace et un joli sens de la formule; comment, surtout, il a décroché ce poste, sur la Croisette.

Ce poste, LE poste, Gilles Jacob le décrit avec drôlerie, tout au long de La vie passera comme un rêve. Amusement dans les règles qu’il s’est inventées au fil des années: «Règle n° 9: Ne pas craindre le star-system, surtout s’il vous permet, en échange, de montrer des films pointus: par exemple, Sharon Stone en locomotive de Manoel de Oliveira»; «Règle n° 14: Ne pas perdre de vue qu’un beau visage de femme est la raison d’être du cinéma».

Surtout, Gilles Jacob révèle des histoires croustillantes sur les tourments des présidents du jury. Autant d’anecdotes inédites avant d’entrer, mercredi, dans une 62e édition présidée par Isabelle Huppert. Si elle a lu La vie passera comme un rêve, elle pourra éviter les mésaventures stupéfiantes de ses prédécesseurs…

La vie passera comme un rêve, par Gilles Jacob, Ed. Robert Laffont, 384 p.

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