Comment parlent les architectes? Comment s'expriment-ils dans les coulisses? En quels termes réfléchissent-ils? D'ordinaire, le langage sec et froid des planches et des maquettes invite peu les non-spécialistes à s'y intéresser. Or voici qu'à l'Espace Arlaud, sept bureaux relèvent le défi d'une exposition différente. La Société des artistes visuels montre peu les architectes, qui comptent pourtant dans ses rangs. Eric Martinet et Christian Jelk, président et membre, tentent l'expérience, lancent des appels de dossiers, choisissent et proposent Alchimies d'architectes, une sélection où figurent des équipes à leurs débuts et des ateliers confirmés, des projets de concours et des ouvrages réalisés, ainsi que des recherches spatiales et des études théoriques.

Les images de synthèse qui ouvrent l'exposition présentent une réflexion sur le développement urbain. La Stratopolis de Didier Castelli oppose à l'expansion urbaine de surface, par «métastases» qui produisent des «métacités», une densification de la ville par le haut et par strates imbriquées entre lesquelles il aménage des espaces publics de type nouveau. Le bureau Graf & Rouault a choisi de transformer deux projets de concours refusés en maquettes géantes. Libre au public d'y voir des installations ou un mobilier! Un jeu sérieux pour introduire aux préoccupations de représentation et d'échelle. Le bureau Richter & Dahl Rocha expose, lui, plusieurs esquisses à main levée, pour rappeler ce que l'outil informatique conduit à oublier: la force expressive participe de l'information fournie sur un projet.

D'autres aspects du métier sont visibles à l'Espace Arlaud. Ainsi, les recherches sur des dispositifs antibruit destinés au site de Chillon, poursuivies par Brauen & Waelchli sur mandat cantonal. Des solutions élégantes, arachnéennes, cependant abandonnées par les autorités vaudoises au profit de parois standard. D'autres travaux sont de l'ordre de la transfiguration: le bureau Personini Raffaele Schärer change le monte-charge de l'Espace Arlaud en architecture sonore et organique; Raquel Vega, designer de meubles et architecte d'intérieur, fait subir une métamorphose complète à la sphère de stockage de gaz de Renens. Enfin l'équipe Luscher présente une recherche technique et plastique complexe autour d'un pavillon de verre, en forme de cube, pour la biennale Swissbau05 et «un objet d'art utilitaire», la toiture du parking Montreux-Gare, faite de «poutres d'air» sous pression avec éclairage variable incorporé.

Alchimies d'architectes. Espace Arlaud, pl. de la Riponne 2bis, Lausanne. Me-ve 12-18 h, sa-di 11-17 h, jusqu'au 20 mars. Rens. 021/316 38 50 et http://www.visartevaud.ch