Le baromètre de la création suisse, prélude à Art Basel

Beaux-arts Les Swiss Art Awards et autres prix pour professionnels de l’art ont été remis lundi à Bâle

L’Office fédéral de la culture joue ainsi les avant-premières de la grand-messe de l’art contemporain

Art Basel ouvre au grand public jeudi. Déjà, lundi en fin d’après-midi, les premiers VIP se pressaient en privilégiés pour découvrir en avant-première Art Unlimited, et l’activation sous forme de performances de certaines de ces œuvres monumentales. La foire entraîne dans son sillage tout un tas d’événements. Le lundi, tout démarre avec la remise des Prix suisses d’art, ou Swiss Art Awards, selon la nomenclature anglo-confédérale en vigueur, dotés de 25 000 francs.

Présentation le matin, cérémonie en fin de journée. Cette année, l’événement est nourri puisque l’Office fédéral de la culture a choisi de remettre en même temps les Prix Meret Oppenheim, les Grands Prix suisses d’art.

Les Swiss Art Awards tout d’abord, pour lesquels il faut concourir mais qui ne sont plus destinés à encourager seulement les jeunes artistes. Depuis qu’on a ouvert les vannes, en 2012, des artistes de tout âge peuvent se présenter, mais il faut avoir à l’esprit que cette démarche n’est pas évidente pour tous. Certains la dédaignent, d’au­tres la craignent, mais leur absence est sans corrélation avec la qualité de leur travail. Pour l’art, mais aussi pour le design, dont les prix seront remis ce mardi, 677 envois sont parvenus. Et ont été retenus pour l’exposition bâloise 53 projets dans les domaines du design, 46 projets d’artistes, quatre d’architectes et 11 de médiateurs.

Les Prix de design sont exposés au premier étage et sont la plupart du temps moins spectaculaires. Il faut le temps d’entrer dans les présentations, de feuilleter les ouvrages. On plonge au sous-sol pour découvrir les Art Awards et là, en circulant sans se préoccuper des primés, la première impression est assez heureuse. Les propositions sont diverses, mais on sent des convergences, des intérêts pour les processus, les mécanismes, ceux de l’art, ceux qui font nos réalités, quotidiennes, sociales, politiques aussi, même si l’art clairement engagé n’est pas très représenté ici. Les artistes témoignent aussi d’un goût pour les matières, pas forcément nobles.

Mathis Altmann (1987, Zurich) crée de petites sculptures qui mêlent béton, mécanique et objets recyclés, entre maison et paysage. Tout à fait curieux. On citera dans la foulée la pièce assez extraordinaire de Patrick Hari (1977, Zurich), qui n’a pas reçu de récompense fédérale mais le Prix de la Fondation Dr Georg et Josi Guggenheim. Quel que soit l’angle, Grand Capital, c’est son nom, offre une nouvelle scène, une nouvelle machine miniature et surprenante à voir.

Pour les Swiss Art Awards, citons encore Gilles Aubry (1973, Berlin) qui propose une installation sonore – même le film est sans images – qui questionne les collectes de musiques du monde. Ici, en particulier, les célèbres enregistrements de Paul Bowles au Maroc.

Andreas Dobler (1963, Zurich) éclate sa peinture colorée, un peu SF, en quatre parties. Yves Scherer (1987, New York et Berlin) nous installe au fond d’une impasse qu’aurait investie un artiste des rues, entre peinture, collage, affiches déchirées… Très prenant. Gilles Furtwängler (1982, Lausanne) écrit avec de la colle et des poudres (cendres, curcuma) des phrases entendues ici et là. Mélodie Mousset (1981, Los Angeles et Lausanne) juxtapose divers éléments dont une fausse peau proposée au mètre. Sont aussi primés Julia Geröcs (1978, Zurich), Tobias Kaspar (1984, Rome) et Jessica Pooch (1982 Berlin et Zurich), les architectes de Conen Sigl et la curatrice Nadine Wietlisbach.

Les Prix Kiefer Hablitzel, pour les moins de 30 ans, ont aussi été décernés. Parmi les lauréats, Sonia Kacem et Julian Charrière. Swiss Art et Swiss Design Awards, Messe Basel, Hall 4. Jusqu’au 21 juin. www.swissartawards.ch

L’installation de Gilles Aubry questionne les collectes de musiques du monde