Nomination

Coup de sang local autour de la Nouvelle Comédie

Le futur directeur de la grande maison viendra peut-être d'ailleurs. Certains professionnels genevois se sentent lésés. Déballage

Plus que des potins, une obsession. Sur les réseaux et en coulisses, les professionnels de la scène ne parlent que de ça: le choix du futur patron de la Nouvelle Comédie. Des noms fusent, en veux-tu, en voilà. Galin Stoev par exemple. Ce metteur en scène bulgare a enchanté Genève avec des spectacles remuants et joyeux, des perles d’inventivité qui plaident pour une humanité libérée, comme «Oxygène», en 2010, ou «Le Triomphe de l’amour» en 2013. ll est régulièrement programmé à la Comédie-Française. Et il a bien déposé son dossier auprès de la FAD - fondation d'art dramatique- qui chapeaute l'institution. Il a été recalé, a-t-il confié au Temps, comme Milo Rau, autre figure majeure de la scène européenne.

Dira, dira pas

Alors qui pour diriger cette illustre maison de 100 millions? La FAD cultive la discrétion. Le dernier carré reste en partie mystérieux. Christian Longchamp, lui, est sorti du bois. Actuellement conseiller artistique à l'Opéra du Rhin à Strasbourg, dramaturge naguère à l'Opéra de la Monnaie à Bruxelles et à l'Opéra de Paris, ce Vaudois de 47 a levé un voile discret sur son projet a levé un voile discret sur son projet. Ce pourrait être aussi Anne-Cécile Vandalem, metteur en scène belge plébiscitée lors du dernier Festival d’Avignon pour son spectacle «Tristesses». La candidature de la jeune Liégeoise de 36 ans a été confirmée. Enfin, rumeur folle ou fondée, le nom de Denis Maillefer revient avec insistance. Contacté, l’intéressé dit qu’il n’est pas candidat et «pense que les procédures de nomination ne sont pas à commenter lorsqu’elles sont en cours». Pour rappel, Vincent Baudriller avait aussi assuré en octobre 2012 qu'il ne s'était pas présenté pour reprendre la direction de Vidy-Lausanne, alors qu’il était nommé à la tête de ce lieu le 20 décembre suivant… Dire ou ne pas dire aux médias que l’on est candidat, telle est parfois la question. Ainsi, Stefan Kaegi, génial Soleurois qui fait de la vie un théâtre, nous a également garanti qu’il ne s’était pas lancé dans la course à la Nouvelle Comédie.

Le milieu a peur d'être oublié

Mais pourquoi favoriser une candidature extérieure?, se demandent des acteurs locaux, partisans de la préférence régionale. Ces artistes craignent l’effet bling-bling: la nomination d’une pointure étrangère qui ne connaîtrait ni les compagnies d’ici, ni leurs conditions de travail et les laisserait sur le côté. «Si le directeur vient d’ailleurs et ne fait pas l’effort de s’informer, il ira vers ce qu’il connaît et programmera d’autres grands noms de la production internationale», s’inquiète Elidan Arzoni. «Ce n’est pas une histoire de passeport, poursuit le metteur en scène genevois. D’ailleurs, je serais enchanté si Olivier Py était nommé, car c’est un génie de la scène qui est au fait de notre région. C’est vraiment une histoire d’immersion et de familiarité avec le milieu.» Elidan Arzoni conclut, relayant un sentiment général, selon lui: «En fait, on est nombreux à trouver très bizarre que des profils aussi compétents que Dorian Rossel, qui tourne beaucoup en France, Joan Mompart, qui tourne aussi et venait avec Sandrine Kuster qui a fait ses preuves en tant que directrice de l’Arsenic ou encore Lorenzo Malaguerra, qui pilote avec brio Le Crochetan, à Monthey, que de tels candidats aient été recalés.»

Nul n'est prophète en son pays

«Je regrette que ce soit en effet si difficile pour un artiste romand d’être considéré comme un grand nom», abonde Lorenzo Malaguerra. Le directeur du Crochetan est d’autant plus sceptique qu’avec Jean Lambert-wild, directeur du Centre national dramatique du Limousin, il a créé cet été un «Roberto Zucco» au Théâtre national de Séoul. «Que faut-il faire d’autre pour briller à la maison, si ce n’est aller créer à l’étranger?», s'exaspère le metteur en scène. Il reste cependant fair-play et croit à «la force et à la qualité supérieures des dossiers conservés». Eric Devanthéry, autre postulant éconduit à la direction de la Nouvelle Comédie, distingue un danger de nature plus esthétique. «Il ne faudrait pas que la Nouvelle Comédie soit un Vidy du bout du lac. Cet outil formidable doit s’inventer différemment, dans sa spécificité», estime le metteur en scène, actuel directeur du Théâtre Pitoëff. Une salle genevoise qui rappelle une constante historique: l’art théâtral local a souvent été vivifié par des artistes étrangers. Ce ne sont ni les fans des Pitoëff, artistes russes qui ont fait date, ni ceux d'Omar Porras qui diront le contraire.

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