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Coup de semonce contre les dérives autoritaires de Bruxelles

L’essayiste et romancier allemand Hans Magnus Enzensberger présente ses doléances envers le «monstre» européen: bureaucratie rampante, dérives autoritaires et absence patentée de démocratie

Genre: Politique
Qui ? Hans Magnus Enzensberger
Titre: Le Doux Monstre de Bruxelles ou L’Europe sous tutelle
Trad. de l’allemand par Bernard Lortholary
Chez qui ? Gallimard, 82 p.

Bouleversée par la crise, éreintée par ses tentatives de sauver sa monnaie, l’Europe prêtera-t-elle l’oreille aux charges portées par l’un de ses fervents partisans, l’intellectuel allemand Hans Magnus Enzensberger? Dérives bureaucratiques, absence toujours plus criante de démocratie, autoritarisme feutré… L’essayiste ne craint pas de garnir le panier de Noël des eurosceptiques, l’honnêteté commandant à un esprit libre de pointer son canon contre toute forme d’iniquité, d’où qu’elle vienne. Un pamphlet? Oui, mais d’un ami de l’Europe, qui sait lui rendre justice comme l’admonester en père sévère. Comme Voltaire face aux prêtres, il use et abuse des caricatures, mais peut aussi devenir grave et exposer de justes inquiétudes. Au-delà des vicissitudes de la dette, l’avenir du projet européen a besoin d’être objet de débat.

Alors quels sont ses défauts, à cette Europe? D’abord, la prolifération de règlements, sur le tabac, sur la taille et la courbe du concombre, les codes bancaires à 31 chiffres, sur tant d’autres choses. Et puis cette manie de tout homogénéiser, des matériaux de construction pour les villas à l’éclairage domestique – des règlements dictés surtout par les 15 000 lobbyistes qui hantent les couloirs de Bruxelles.

Tout cela n’est pas si grave. Pas plus que l’organigramme complet des institutions que décrit l’observateur «factieux», avec sa profusion de bureaux aux acronymes variés rappelant la bureaucratie soviétique. Ce qui l’est plus, c’est que des fonctionnaires souvent consciencieux travaillent sous les ordres de hauts responsables qu’on a nommés à Bruxelles parce qu’ils gênaient dans leur pays: cette «dégringolade des escaliers par le haut» aurait pour effet d’accumuler une montagne d’incompétence au sommet de l’édifice.

Est-ce la faute à Monnet? Le père de l’Europe, qui jugeait n’avoir besoin que d’«un bureau, une secrétaire et un téléphone» pour mener son rêve, avait «une piètre opinion de l’aimable fiction appelée souveraineté du peuple». Qualifiée de «chimère», l’UE selon Enzensberger est un animal fabuleux qui rêve d’«imposer ses objectifs avec une autorité absolue et une pédagogique insistance». Ainsi l’Union est bien moins un tyran moustachu qu’un affable tuteur qui vous veut du bien. A force de ne pas démocratiser ses institutions, à négliger l’émergence d’une sphère publique européenne, le «monstre» court à sa perte, prévient le Bavarois: «le continent a surmonté de tout autres tentatives d’uniformisation. Elles eurent en commun de vouloir trop en faire, et aucune d’elles n’a connu de succès durable.» La leçon vaut aussi pour cette tentative pacifique.

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