Cinéma

Couple séparé cherche appartement commun dans «L’amour flou»

Romane Bohringer et Philippe Rebbot transforment leur divorce en expérience communautaire et comédie cinématographique

Romane Bohringer (Les nuits fauves, Vic + Flo ont vu un ours…) et Philippe Rebbot (Rosalie Blum, 21 nuits avec Pattie…) se sont rencontrés en 2004 sur le tournage du Triporteur de Belleville. Ils se sont plu, ils se sont aimés, ils ont eu deux beaux enfants, Rose et Raoul. Et puis la routine s’est installée, ils se sont lassés l’un de l’autre, car même la vie de bohème n’est pas à l’abri de l’usure. Elle ne supporte plus son chien qui pue, il aimerait tirer un joint peinard avec son baba de frangin. La rupture est inexorable.

Oui, mais il leur reste à jamais un trésor commun: les enfants. Comment les conserver près de soi sans avoir à supporter l’autre? Roman trouve la solution: un appartement commun, avec la chambre des gosses au milieu, une juste répartition des tâches (pizza chez papa, bain chez maman…) et lumière rouge quand un des adultes veut être tranquille pour vivre sa sexualité.

Impudeur goguenarde

Drôle d’objet que cet Amour flou, docufiction sur deux comédiens marginaux, comédie de démariage mêlant allègrement le réel et l’imaginaire. Raoul et Rose tiennent leur propre rôle, joyeux sauvageons chevelus, ainsi que Lou Bohringer, la sœur, et Richard, le père, sans oublier la fratrie Rebbot. Et encore Reda Kateb tel qu’en lui-même mais augmenté d’une touche de cynophilie délirante. En revanche, le directeur de l’école, les psys respectifs, un redresseur de stores sont interprétés par des comédiens. Quant à Philippe Rebbot, échalas à lunettes plein de poils, il en rajoute dans l’inadaptation sociale, se réclame marxiste-lennoniste, se tape un double pastaga matinal, drague les jeunes femmes (avec un succès déconcertant…) et accumule les bévues.

Ces scènes de la vie conjugale après séparation sont amusantes, parfois gênantes dans leur impudeur goguenarde. Ce qui fait la force du projet, la vérité nue, marque aussi ses limites: le thème de l’appartement bipolarisé autour du territoire neutre des enfants pourrait engendrer une formidable comédie, tandis que l’essai de Bohringer-Rebbot se ressent de la thérapie de couple. Ils finissent sans surprise par échanger des vœux d’ex-compagnons éternels.


L’amour flou, de et avec Romane Bohringer et Philippe Rebbot (France, 2018), avec Reda Kateb, Brigitte Catillon, Céline Sallette, 1h37.

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